Anatomie et Physiologie des Ansériformes: 12 Faits Essentiels

Qu’est ce qu’un ansériforme ?

L’ ordre des Ansériformes comprend les espèces de gibier d’eau. Les plus proches voisins taxonomiques des Ansériformes sont les Ciconiiformes tels que le héron et le butor. Pratiquement tous les ansériformes appartiennent à la famille des Anatidae, qui comprend les canards, les oies et les cygnes. La petite famille des Anhimidae regroupe des oiseaux sud américains de la taille d’une oie appelés les kamichis. Les kamichis ont des pattes longues et épaisses et des pieds non palmés. Le canaroi (famille des Anseranatidae) est une autre espèce d’ansériforme unique native d’Australie et de Nouvelle Guinée.

Douze caractéristiques cliniquement importantes de l’anatomie et de la physiologie des Ansériformes

Si vous êtes confortable avec l’anatomie et la physiologie des psittaciformes, alors de nombreuses caractéristiques relatives aux ansériformes vous seront familières. LafeberVet a listé douze faits intéressant et d’importance clinique concernant les ansériformes:

Faits relatifs à la contention manuelle

  1. Bec
    Il est utile de comprendre le bec des ansériformes avant de restreindre l’animal. La présence de lamelles dentées (Fig 1) ainsi qu’une double rangée de soies superposées et situées aux marges latérales de la langue, permettent au bec de servir comme un organe de filtration. En comparaison avec les psittaciformes, la morsure par un ansériforme n’est pas une source majeure d’inquiétude mais les lamelles permettent à l’oiseau de pincer fort.

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    Figure 1. Les lamelles dentées (flèches) ainsi que la double rangée de soies superposées se situant aux marges de la langue, permettent au bec des ansériformes de servir comme un organe de filtration. Les lamelles peuvent également permettre un pincement substantiel. Notez également le “tubercule frontal”, une protubérance charnue recouverte par l’épiderme. Crédit photographique : aussiegall. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

    Les mécanorécepteurs cutanés, ou corpuscules de Herbst, sont présents sur le bec. Une région en forme de bouclier, constituée d’épiderme épaissi, située à l’extrémité du bec supérieur est appelée l’ongle et contient des centaines de terminaisons nerveuses sensorielles bien développées qui rendent cette région particulièrement sensible au toucher. L’ongle est conçu pour attraper des petits objets glissants (Fig 2).

    Duck bill-by BotheredbyBees

    Figure 2.L’ongle est une région en forme de bouclier constituée d’épiderme épaissi, à l’extrémité du bec supérieur qui est particulièrement sensible au toucher. L’ongle est utilisé pour attraper des petits objets glissants. Crédit photographique : BotheredByBees.

  2. Ailes
    La contention des ansériformes est relativement simple, toutefois, les cygnes et les oies peuvent utiliser leurs ailes puissantes pour se défendre. Certains oiseaux sont capables d’infliger des blessures en battant fortement des ailes, et plus particulièrement l’oie armée de Gambie (Plectropterus gambensis). Les cygnes peuvent également attaquer les personnes qui s’approchent trop près de leur nid (Fig 3). Un cygne adulte peut blesser sérieusement un enfant, et il existe des rapports de cygnes faisant tomber des plaisanciers de leur skis nautiques. Plus récemment, il a été rapporté qu’un homme adulte s’était noyé après avoir été éjecté de son kayak par un cygne.
Swan attack

Figure 3. Les cygnes sont territoriaux et peuvent être assez agressifs lorsqu’ils sont menacés. Crédit photographique : ellenm Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Faits relatifs à l’examen clinique

  1. Plumage
    Les ansériformes possèdent une couverture dense de duvet isolant et une couche épaisse de plumes. Les cliniciens qui sont habitués à écarter facilement les plumes des psittacidés seront surpris par la densité du plumage des ansériformes. Dans de nombreuses régions, et particulièrement sur le cœlome, il est difficile – si ce n’est impossible- de visualiser la peau. Les ansériformes en bonne santé entretiennent avec attention et graissent leur plumage en utilisant des sécrétions provenant des glandes de toilettage surmontées par des plumes pour l’imperméabilisation. L’eau devrait normalement rouler sur les plumes.
  2. Pattes/Pieds
    Le dessous des pieds devrait présenter une structure écaillée sans croûte ni zones de peau lisse. Les ongles sont courts mais normalement très aiguisés et peuvent engendrer des égratignures douloureuses. Les canards de surface (genre Anas) comme les colverts, les pilets et les Sarcelles se nourrissent en surface ou en basculant vers l’avant dans une eau peu profonde. Leurs pattes sont relativement centrées sous le corps et permettent à ces oiseaux de décoller de la surface de l’eau avec un angle aigu. La plupart des canards plongeurs (genre Aythya) comme le petit fuligule ou le fuligule à dos blanc se nourrissent en plongeant dans des eaux profondes. Les pattes sont localisées plus caudalement sur le corps.
  3. Les canards sont habituellement sexuellement dimorphiques. Les mâles ont un plumage iridescent et des patrons distincts à l’exception du canard de Pékin, du canard noir (Anas rubripes), et du canard de Barbarie (Cairina moschata). Comme la plupart des espèces aviaires, les oiseaux juvéniles tendent à avoir un plumage femelle. Les mâles juvéniles acquièrent leur plumage mâle au cours de la puberté. La plupart des canards atteignent la maturité sexuelle à l’âge de un an. Les oies deviennent sexuellement matures à deux ans et les cygnes à cinq ans.

  4. Organes copulatoires
    La plupart des mâles ansériformes (Encart 1) possèdent un phallus intromittent ou érectile, qui est une structure unique en tire-bouchon recouverte par des papilles kératinisées (Fig 4). Le phallus s’étend sur le plancher du proctodeum c’est-à-dire la chambre la plus distale du cloaque. Une éversion délicate du cloaque, obtenue en appliquant une pression douce de chaque côté de cette structure, peut permettre la visualisation du phallus, y compris chez les nouveau-nés. Les ansériformes possèdent dix à onze rémiges. La plupart des espèces sauvages muent toutes les rémiges en même temps, ce qui les rend incapables de voler pendant 3 à 6 semaines. La plupart des membres de la sous-famille des Anatinae (par exemple, les tadornes, les canards de surface, les canards plongeurs et les canards perchés) muent deux fois par an. Ces espèces passent par une mue nuptiale, pour la reproduction et une mue d’hiver ou d’éclipse, en dehors de la reproduction. Lorsque la période reproductrice est passée, les mâles de la plupart des espèces de canard dans l’hémisphère nord changent leur plumage nuptial aux couleurs éclatantes pour un plumage terne et cryptique. Leur brillance est atténuée – ils entrent en phase d’ « éclipse ». Le plumage d’éclipse est généralement conservé pendant une période brève, aussi courte que 1 à 3 mois chez de nombreuses espèces. Bien que certaines espèces conservent ce plumage jusqu’au printemps suivant, les kamichis ont une mue graduelle et ne traversent pas une période annuelle dépourvue de leur capacité de vol.
Encart 1.Vocabulaire relative au genre et à l’âge chez les Ansériformes
Groupe taxonomiqueFemelleMâleuvénile
OiesOieJarOison
CanardsCanardCaneCaneton
CygnesCygneCygneCygneau
Mallard phallus by Patricia Brennan

Figure 4. Phallus d’un canard colvert (Anas platyrhynchos). La barre de mesure est égale à 2 cm. Crédit photographique: Patricia Brennan. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

  1. Poussins précociaux
    Les poussins des ansériformes sont précoces, ou plus spécifiquement nidifuges ce qui signifie que les jeunes peuvent manger, nager et plonger pratiquement dès leur naissance. Les poussins précoces ont un grand sac vitellin qui représente 12 à 25% du poids corporel, et suffisamment de graisse corporelle de sorte qu’ils sont capables de survivre pendant plusieurs jours sans manger si la situation devait se présenter.

Faits relatifs à l’anesthésie

  1. Modifications trachéales
    Une caractéristique unique du tractus respiratoire des ansériformes est la bulle syringienne, un agrandissement de la trachée au niveau de la syrinx. Une bulle syringienne complètement ou partiellement ossifiée, asymétrique, est présente du côté gauche de la trachée chez le mâle de nombreuses espèces de canards (Fig 5). Des bulles syringiennes bilatérales sont présentes à la fois chez les cygnes mâle et femelle (Fig 6) La bulle syringienne est utilisée pour produire les sons forts et éclatant souvent considérés caractéristiques des aux ansériformes.

    Syringeal bulla

    Figure 5. La bulle syringienne chez le canard est un élargissement asymétrique de la trachée. Copyright 2012 Jakowski, Richard M., DVM, PhD. A partir de Jakowski RM. OCW Collection d’Images de Pathologie Macroscopique Vétérinaire. Publié dans le Didacticiel libre de Tufts (2005-2012). [Récupéré le 17/12/2012]. Reproduit avec la permission de l’auteur et de l’éditeur.
    Autorisé sous licence Creative Commons Attribution-Non commercial-Share Alike 3.0 Unported. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

    Swan syrinx by HJ Barnes

    Figure 6. La bulle syringienne bilatérale chez un cygne trompette male (Cygnus buccinator). Crédit photographique : H.J. Barnes. Cliquez sur l’image pour l’agrandir

    Les cygnes possèdent une trachée particulièrement longue. En fait, la trachée du cygne trompette (Cygnus buccinator) s’étend dans le sternum et tourne sur elle-même (Fig 7 and Fig 8). Additionnellement, l’érismature rousse (Oxyura jamaicensis) possède un sac trachéal gonflable.

    Trumpeter swan trachea by James Smallwood

    Figure 7. Trachée d’un cygne trompette (Cygnus buccinator): 1) Glotte, 2) Carène du bréchet, le côté droit a été retiré pour montrer les anneaux trachéaux enclavés, 3) anse caudale de la trachée, 4) anse dorsal de trachée juste avant de sortir de la carène, 5) syrinx avec une bulle syringienne, coupée au niveau de la bronche primaire. Photographie par James Smallwood. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

    Tundra swan trachea by James Smallwood

    Figure 8.Trachée d’un cygne siffleur (ou cygne de Bewick) (Cygnus columbianus): 1) Glotte, 2) carène du bréchet, le côté droit a été retire pour montrer les anses trachéales enclavées, 3) anse caudale de la trachée, 5) syrinx avec une bulle syringienne bilatérale, coupée au niveau de la bronche primaire. Notez que cette trachée ne possède pas l’anse dorsale qui est présente chez le cygne trompette. Crédit photographique : James Smallwood. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

  2. Le réflexe de plongée
    L’anesthésie générale peut déclencher un réflexe de plongée chez les ansériformes, induisant une apnée et une bradycardie. Soyez prêt à surveiller le patient avec attention et à réaliser une ventilation à pression positive.
  3. Masse musculaire pectorale
    Les ansériformes sauvages, et particulièrement les oies et les cygnes, sont des oiseaux ayant un corps trapu qui peuvent être prédisposés à l’hyperthermie en raison de leur plumage dense et de leur grande taille. Le bon sens populaire a également recommandé d’éviter de maintenir les ansériformes en décubitus dorsal car cela peut conduire à une difficulté pour la ventilation du patient. Une étude récente chez les rapaces a montré que le positionnement en décubitus sternal résultait en un volume plus grand des sacs aériens et des poumons avec une densité pulmonaire plus faible, en comparaison avec les oiseaux positionnés en décubitus dorsal et latéral droit.

Faits relatifs à la nécropsie/étude radiographiques

  1. Le tractus gastro-intestinal
    Le jabot des canards et des oies est un simple élargissement fusiforme qui n’est habituellement pas palpable à l’examen physique. De plus, pour aider à la digestion du matériel fibreux des plantes, les oies et les cygnes possèdent des caeca bien développés. Une vésicule biliaire est également présente chez les canards et les oies.
    .
  2. Système lymphatique
    Les cœurs lymphatiques sont des structures similaires à des nœuds lymphatiques, qui sont retrouvés dans le cœlome caudal des ansériformes.

Références