Notions de base en comportement : Approche clinique du Cochon d’Inde

Points clés

  • Le cochon d’Inde est une espèce calme et une proie.
  • Comme la plupart des espèces proies, le cochon d’Inde peut très bien masquer ses signes de douleur et de maladie.
  • Le cochon d’Inde a tendance à s’immobiliser lorsqu’il est effrayé ou stressé, rendant difficile l’observation de signes cliniques informatifs pendant l’examen à distance.
  • Afin de minimiser le stress et augmenter le succès clinique, il est recommandé de mettre le cochon d’Inde dans une salle d’examen calme et de l’approcher calmement et de parler doucement.
  • L’hospitalisation d’un cochon d’Inde peut être grandement améliorée par la présence d’un de ses compagnons de cage.
  • Les cochons d’Inde développent des préférences alimentaires très tôt dans leur vie, de ce fait il est important d’offrir aux cochons d’Inde hospitalisés leur alimentation habituelle autant que possible.
  • Surveiller l’appétit et les productions urinaires et fécales avec beaucoup d’attention, car ce rongeur peut s’arrêter de manger en cas de stress.
  • Administrer de la vitamine C quotidiennement aux cochons d’Inde malades et hospitalisés pour prévenir le scorbut, qui peut se développer très rapidement.

Introduction

Les cochons d’Inde (Cavia porcellus) sont des petits rongeurs dociles, qui doivent être approchés avec beaucoup de précautions. Une évaluation précise de l’état de santé du patient nécessite d’obtenir une anamnèse détaillée, de faire un examen à distance attentif et un examen clinique approfondi.

Il y a trois races classiques de cochon d’Inde domestique : Américain ou Anglais, Abyssin, et Péruvien (Quesenberry et al 2012). Mais il y a 13 races reconnues par l’Association Américaine des Eleveurs de Lapins (American Rabbit Breeder’s Association) (Quesenberry et al 2012), et aucune différence significative d’un point de vue comportemental n’a été étudiée ou décrite entre les différentes races.

Minimiser le stress avant l’examen

Le clinicien peut récolter beaucoup plus d’informations en examinant un patient détendu qu’en examinant un patient stressé ou effrayé. Le cochon d’Inde effrayé ou stressé a tendance à s’immobiliser ou se mettre dans un état d’immobilité tonique (Dunbar et al 2016, Bradley Bays 2006). Un comportement de fuite peut aussi être observé chez le cochon d’Inde effrayé. Ainsi, il est important de faire tous les efforts pour créer et maintenir un environnement non stressant pour cette espèce proie sensible au sein de l’hôpital.

Dans le but de minimiser le stress, les cochons d’Inde doivent être transportés dans une cage bien fermée, bien ventilée et doivent être protégés des températures extrêmes (Murray & Crane 2016). Si la salle d’attente est bruyante, il est recommandé de transférer le cochon d’Inde dans une salle d’examen calme afin de fournir un environnement non stressant (Murray & Crane 2016).

Examen à distance

Observer le cochon d’Inde à distance pour évaluer son comportement, son état de conscience et sa fréquence respiratoire. De nombreux éléments supplémentaires peuvent être récoltés lors de l’examen à distance, incluant la posture, l’appétit et la production des urines et des selles.

  • Un cochon d’Inde détendu et en bonne santé est curieux, actif et vocal, et a les yeux grand ouverts (Murray & Crane 2016, Quesenberry et al 2012, Bradley Bays 2006). Un comportement de toilettage est fréquemment observé (Manning et al 1976).
  • Le cochon d’Inde normal produit une grande quantité de selles et d’urines, et des selles doivent être observées dans la cage de transport (Murray & Crane 2016, Quesenberry et al 2012, Bradley Bays 2006).
  • Un cochon d’Inde normal répartit son poids sur ses quatre membres, et lorsqu’il se déplace, seuls les coussinets touchent le sol (Bradley Bays 2006).
  • Un cochon d’Inde en bonne santé a un bon appétit, et accepte normalement les friandises comme les légumes verts même lorsqu’il se trouve dans sa cage de transport (Murray & Crane 2016, Quesenberry et al 2012, Bradley Bays 2006).

Signes cliniques de douleur ou de maladie

Comme de nombreuses espèces proie, les cochons d’Inde ont tendance à masquer leurs signes de douleur et de maladie en présence d’un observateur humain (Dunbar et al 2016). Des signes cliniques subtils peuvent ne pas être détectés par le propriétaire, jusqu’à ce que le cochon d’Inde montre des signes secondaires de la maladie comme une perte de poids, une déshydratation ou un poil piqué (Dunbar et al 2016).

Des signes de maladie pouvant être rapportés par le propriétaire ou observés pendant l’examen à distance incluent tout changement dans la consommation d’eau ou de nourriture, des écoulements oculaires ou nasaux, des difficultés respiratoires ou des éternuements, certaines vocalisations, comme des couinements répétitifs et pressants, de l’intolérance à l’effort, une posture voussée ou raide, des souillures périnéales, ainsi que tout changement dans la production fécale (taille, odeur et/ou consistance des selles) (Tableau 1) (Oglesbee 2011, Bradley Bays 2006, Donnelly & Brown 2004, Morton & Griffiths 1985).

Astuce clinique : tout changement dans la quantité ou la consistance des selles doit être surveillé de près. Recommander aux propriétaires de consulter un vétérinaire si le changement persiste plus de 12 heures. (Bradley Bays 2006).

Tableau 1. Signes possibles de maladie chez les cochons d’Inde (Mayer & Donnelly 2012, Oglesbee 2011, Bradley Bays 2006, Donnelly & Brown 2004, Morton & Griffiths 1985)
  • Abattement/léthargie ou agitation
  • Couinements répétitifs et pressants
  • Changements dans la consommation d’eau et/ou de nourriture
  • Mauvais état d’embonpoint, perte de poids
  • Posture voussée et/ou raide
  • Réticence à se déplacer
  • Yeux ternes, dans le vague
  • Difficultés respiratoires
  • Peau sèche, perte de poils, masses ou lésions cutanées
  • Absence de nourriture mâchée dans la cavité buccale
  • Ecoulements nasaux ou oculaires
  • Toux
  • Eternuements
  • Modification de la production fécale
  • Souillures périnéales
  • Membres pelviens traînants
  • Difficultés à uriner ou présente de sang dans les urines
  • Hypersalivation

Astuce clinique : les cochons d’Inde ont tendance à manger salement ; ainsi, l’absence de nourriture ou d’eau renversées peut indiquer une anorexie ou une réduction de consommation d’eau (Bradley Bays 2006, Donnelly & Brown 2004, Morton & Griffiths 1985).

Astuce clinique : Un cochon d’Inde avec du prurit ressemble à tout autre mammifère avec du prurit, mais le prurit associé avec les infestations massives de gale peut être tellement sévère que le cochon d’Inde peut se mettre à convulser en se grattant (Bradley Bays 2006).

  • Les propriétaires décrivent souvent un changement de comportement, tel que de l’abattement ou de l’agitation, mais de l’agression peut aussi être observée chez des individus habituellement très calmes. Il est évident que les cochons d’Inde peuvent aussi mordre en cas de peur.
  • Le cochon d’Inde douloureux peut se tenir debout avec le cou étendu, démontrant une expression crispée, les yeux exorbités, ternes ou dans le vague et les paupières mi-closes.
  • La respiration peut être rapide et superficielle.
  • L’animal peut appuyer son abdomen douloureux sur le sol ou sur la table.
  • La douleur gastrointestinale peut aussi être associée à de la polydipsie.
  • Certains individus peuvent montrer un comportement de “barbering”, ou s’arracher et mâcher les poils de la région douloureuse. Le barbering doit être différencié d‘un excès de toilettage par les compagnons de cage.
  • Les problèmes orofaciaux, comme la malocclusion dentaire, peuvent être associés à un intérêt pour la nourriture (Bradley Bays 2006) et de l’hypersalivation. L’animal peut parfois prendre la nourriture puis la laisser tomber de sa bouche.

Les signes de douleur postopératoire chez le cochon d’Inde peuvent être particulièrement subtils. Une étude récente (Dunbar et al 2016) n’a pas mis en évidence de changement comportemental évident indiquant une douleur chez le cochon d’Inde pendant les premières 24 heures suivant une chirurgie (Dunbar et al 2016). Seuls de subtils comportements, décrits comme des “petits mouvements corporels éphémères survenant en position immobile”, tels que des transferts de poids et des cambrures du dos, étaient associés à la douleur postopératoire (Dunbar et al 2016). Ces comportements peuvent aussi être constatées en cas d’immobilité tonique.

Astuce clinique : Les cliniciens devraient administrer une analgésie préventive aux cochons d’Inde, en se basant sur l’hypothèse que la procédure ou la maladie est douloureuse, plutôt que de se baser sur l’observation de signes de douleur. Une étude récente (Dunbar et al 2016) recommande d’administrer une analgésie aux cochons d’Inde pendant au moins 24 heures après la castration ou des chirurgies aussi invasives. Les co-auteurs (Bradley Bays et al) suggèrent d’administrer une analgésie jusqu’à 7 jours après toute chirurgie chez les espèces proies .

Manipulations et contention

Les cochons d’Inde sont des animaux calmes qui n’ont pas tendance à mordre, bien que les jeunes animaux puissent pincer. Les individus adultes peuvent aussi mordre lorsqu’ils sont effrayés ou agacés par une procédure, comme par exemple une taille de griffes (Bradley Bays 2006, Donnelly & Brown 2004).

Les cochons d’Inde normaux et en bonne santé vocalisent beaucoup et repoussent vigoureusement la main lorsqu’on leur caresse le dessus de la tête. La contention des cochons d’Inde est classiquement minimale car la plupart des individus restent sagement sans bouger sur la table de consultation. Utiliser une serviette ou un tapis pour rendre la table moins glissante et moins froide (Bradley Bays 2006). Les cochons d’Inde répondent habituellement bien à une contention minimale. Une approche lente et calme est particulièrement importante pour les individus timides non habitués à être manipulés (Tableau 2) (Murray & Crane 2016, Bradley Bays 2006). Never scruff a guinea pig or handle it roughly (Murray & Crane 2016).

Comme les chevaux, les cochons d’Inde sont des brouteurs avec des yeux localisés latéralement leur permettant de repérer les prédateurs pendant qu’ils mangent. Comme les cochons d’Inde ne peuvent pas voir devant eux, ils peuvent facilement tomber d’une table de consultation ou de tout autre surface haute. De ce fait, il faut prêter attention à prévenir les chutes (Bradley Bays 2006). Pour éviter que les patients ne se blessent, il faut être prêt à ce qu’un cochon d’Inde stressé puisse faire une tentative de fuite subite, notamment s’il est effrayé par un bruit (Quesenberry et al 2012, Bradley Bays 2006, Manning & Wagner 1976).

En tant que brouteurs, les cochons d’Inde possèdent également des poils très sensibles, ou vibrisses, sur leur menton et leur museau, qui leur permet de « sentir » leur nourriture pendant qu’ils mangent.

Astuce clinique : La présence de vibrisses très sensibles sur le nez fait qu’ils n’aiment pas qu’on leur touche le museau, et leur toucher peut beaucoup les effrayer.

Tableau 2. Principes généraux de la manipulation du cochon d’Inde (Bradley Bays 2006)
  • S’approcher lentement du cochon d’Inde
  • Parler doucement
  • S’approcher du cochon d’Inde à hauteur des yeux, autant que possible

Pour attraper un cochon d’Inde, ne pas pourchasser l’animal dans son enclose. Si le patient n’est pas habitué à être manipulé, utiliser une petite serviette comme pour un oiseau. Pour accéder au ventre ou aux pattes, placer une main sous l’arrière-train pour le soutenir tandis que l’autre main est positionnée en région thoracique (Fig 1) (Murray & Crane 2016, Bradley Bays 2006). Le cochon d’Inde peut s’agiter et couiner s’il n’est pas bien soutenu (Bradley Bays 2006), ainsi il peut être utile de tenir le cochon d’Inde en calant son dos contre notre corps. Si le cochon d’Inde continue de couiner, tester des petits changements pour trouver la position qui lui serait plus confortable (Bradley Bays 2006).

Proper guinea pig restraint requires two hands.

Figure 1. La technique adéquate de contention des cochons d’Inde (Cavia porcellus) nécessite deux mains. Soutenir l’arrière-train avec une main, et placer l’autre main autour de la région thoracique. Le cochon d’Inde montré ici serait plus en sécurité et moins sujet à se débattre si son dos était calé contre le corps de la personne qui le tient. Crédit photo : Jake Rikki’s Refuge via Flickr Creative Commons.

Quand il est tenu par un étranger, le cochon d’Inde peut se montrer silencieux et immobile, particulièrement s’il est timide ou craintif (Donnelly & Brown 2004). Des animaux bien sociabilisés ont tendance à faire plus de vocalisations pendant la contention (Donnelly & Brown 2004). Un cochon d’Inde détendu, habitué à être manipulé, peut apprécier d’être gratté derrière les oreilles et caressé sous le menton (Bradley Bays 2006).

Les cochons d’Inde subissent généralement l’examen oral sans vocaliser ni manifester de peur. L’examen oral peut être facilité par des mouvements lents et délibérés, en parlant doucement au patient pendant l’examen. Pour réduire le stress, un assistant peut aussi placer une main sur l’arrière-train et l’autre main autour des épaules pour stabiliser l’animal (Darbo-McClellan 2014). Alternativement, l’enrouler dans une serviette sans le serrer, en laissant la tête libre pour l’examen (Fig 2) (Donnelly & Brown 2004).

To examine the guinea pig oral cavity, an assistant may place one hand around the shoulder and chest and another hand around the rump. In this case, a towel is loosely wrapped around the hindquarters

Figure 2. Pour examiner la cavité buccale d’un cochon d’Inde (Cavia porcellus), un assistant peut placer une main autour des épaules et du thorax, et l’autre main autour de l’arrière-train. Ici, une serviette est placée autour de l’arrière-train. Crédit photo : Heather Darbo-McClellan.

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Examen clinique

La majorité de l’examen clinique du cochon d’Inde est similaire à celui de n’importe quel petit mammifère. Les considérations spécifiques incluent :

Urines et selles

Les cochons d’Inde urinent souvent lorsqu’ils sont nerveux ou effrayés, ainsi il est fréquent de retrouver des urines fraiches dans la cage de transport. Les cochons d’Inde urinent aussi souvent quand ils sont manipulés (Bradley Bays 2006). La miction est un processus relativement passif, au cours duquel l’animal s’accroupit légèrement et relève un peu la tête (Bradley Bays 2006). L’urine alcaline normale du cochon d’Inde a une apparence variable, allant de blanche crémeuse à jaune trouble et épaisse (Quesenberry et al 2012, Bradley Bays 2006). Une urine hémorragique indique le plus souvent un problème vésical, alors que la présence d’urines rosées ou tintées de sang à la fin de la miction indique plutôt une pathologie de l’appareil reproducteur. En outre, une coloration brune ou orangée, due aux porphyrines, peut survenir secondairement au stress, à l’ingestion de certains légumes, ou à l’administration de certains antibiotiques (Bradley Bays 2006).

Astuce clinique : Placer le cochon d’Inde sur une serviette blanche pendant l’examen clinique permet d’évaluer la couleur des urines.

Paramètres vitaux

Le stress peut faire augmenter la température corporelle, ainsi il est important de prendre les paramètres vitaux au début de l’examen clinique (Tableau 3) (Quesenberry et al 2012).

Tableau 3. Valeurs normales des paramètres vitaux chez le cochon d’Inde (Nugent-Deal 2010)
Paramètre Température Fréquence cardiaque (Pouls) Rythme Respiratoire
Unité °C (°F) Battement par minute Respiration par minute
Valeur rapportée dans la littérature 37.2-38.6 °C (99-101.5 °F) 230-380 40-100

Peau

Le barbering peut survenir en réponse au stress associé à la surpopulation ou le manque d’enrichissements, comme la distribution de foin à volonté ou d’éléments à ronger comme du carton ou des rouleaux d’essuie-tout non traités (Bradley Bays 2006). Il faut considérer le barbering comme auto-infligé si seulement la tête et le cou ne sont pas affectés (Bradley Bays 2006). Le barbering peut être distingué des autres causes d’alopécie par un examen détaillé de la peau et du poil. Le poil est généralement coupé au ras de la peau, donnant une texture rêche à piquante au toucher, mais la peau est par ailleurs normale (Bradley Bays 2006).

Astuce clinique : Quand l’alopécie est localisée en région dorsale, latérale ou au niveau des flancs, mais que le poil et la peau sont par ailleurs normaux, le barbering doit être considéré secondaire à une douleur et il est important de bien palper le cochon d’Inde pour rechercher des masses ou des signes de douleur abdominale (Bradley Bays 2006). Une alopécie latérale symétrique peut avoir une étiologie hormonale.

Abdomen

Il est important d’ausculter l’abdomen chez tous les cochons d’Inde (Fig 3). Les herbivores en bonne santé ont généralement un à deux bruits digestifs ou borborygmes par minute
(Nugent-Deal 2010). En cas de maladie ou de stress, la motilité gastrointestinale peut être ralentie.

Disease or stress can reduce the frequency of gut sounds or borborygmi ausculted during the physical exam.

Figure 3. En cas de stress ou de maladie, la frequence des bruits digestifs ou borborygmes entendus à l’auscultation peut être réduite.

Cavité buccale, dents

Comme la plupart des petits mammifères, l’examen de la cavité buccale est stressant pour le cochon d’Inde et devrait toujours être effectué en tout dernier.

Astuce clinique : Les cochons d’Indes aiment mélanger la nourriture et l’eau dans leur bouche, et il est normal de trouver un magma verdâtre dans leur cavité buccale pendant l’examen. L’absence de cette matière dans la bouche suggère que l’individu est anorexie depuis un certain temps (Bradley Bays 2006).

Certains cliniciens proposent une friandise, comme des légumes ou du foin, après l’examen de la cavité buccale dans le but d’évaluer l’état de santé général du cochon d’Inde et de calmer les patients nerveux (Bradley Bays 2006). Il est important de se souvenir que les cochons d’Inde sont néophobes pour la nourriture, ainsi il est préférable de proposer un aliment connu.

Examens diagnostiques

Les prélèvements pour analyses, dont les prises de sang, peuvent être effectués avec une contention douce, mais dans de nombreux cas une sédation légère ou une anesthésie générale est préférable pour réduire le stress du patient (Murray & Crane 2016).

Gestion du patient hospitalisé

Astuce clinique : Les cochons d’Inde s’adaptent mal aux changements d’environnement ou de routine et ne doivent être hospitalisés que si cela est nécessaire (Quesenberry et al 2012).

De manière évidente, les cochons d’Inde bien sociabilisés tolèrent généralement mieux l’hospitalisation, quelle que soit la maladie justifiant l’hospitalisation (Bradley Bays 2006), cependant des mesures peuvent être prises pour réduire le stress et améliorer le pronostic même chez les patients les plus peureux :

Apporter un compagnon de cage

Les cochons d’Inde isolés dans un nouvel environnement répondent initialement en vocalisant et en courant en cercles. Avec le temps, le cochon d’Inde entre dans un état passif où il se recroqueville avec les yeux clos, le poil ébouriffé, et une élévation de la température rectale peut survenir (Bradley Bays 2006, Hennessy et al 2003). Installer le patient avec un de ses compagnons de cage peut significativement réduire le stress du cochon d’Inde malade hospitalisé (Bradley Bays 2006, Donnelly & Brown 2004) et le retour des comportements normaux est observé plus tôt.

Eau et nourriture

Il est important de surveiller de près la consommation d’eau et de nourriture. Le métabolisme très rapide des cochons d’inde implique qu’il doit manger quasiment en continu (Bradley Bays 2006), mais la consommation de nourriture augmente au début et à la fin de la photopériode et au milieu de la période de nuit (Bradley Bays 2006, Horton et al 1975).

Il faut faire tous les efforts possibles pour que le cochon d’Inde hospitalisé reçoive son alimentation habituelle. Les cochons d’Inde établissent des préférences alimentaires fortes tôt dans leur vie, et vont souvent refuser de manger ou démontrer de l’abattement si on change la texture, la couleur, la forme ou le goût de leur nourriture (Quesenberry et al 2012, Bradley Bays 2006). Les cochons d’Inde ont aussi tendance à arrêter de manger en cas de stress.

Les cochons d’Inde et les primates font partie des quelques espèces animales qui nécessitent un apport exogène ou alimentaire d’acide L-ascorbique ou vitamine C (Quesenberry et al 2012, Harkness et al 2010). Les cochons d’Inde ont besoin de 10 à 25 mg/kg de vitamine C par jour dans leur alimentation ; pendant la gestation ce besoin augmente à 30 mg/kg/jour (Quesenberry et al 2012, Harkness et al 2010). Il est important de donner de la vitamine C aux patients malades hospitalisés via leur nourriture ou sous forme de comprimés (Daily C, Oxbow Animal Health), ou de solution buvable ou injectable (5-10 mg/kg BW SC, IM) pour prévenir le scorbut qui peut se développer en 2 semaines ou moins (Quesenberry et al 2012, Harkness et al 2010). Les risque de scorbut ou hypovitaminose C est particulièrement élevé chez les jeunes animaux en croissance jusqu’à l’âge de 6 semaines (Harkness et al 2010).

Astuce clinique : Administrer de la vitamine C tous les jours aux cochons d’Inde malades hospitalisés.

La consommation d’eau normale est d’environ 100 mL/kg/jour (Bradley Bays 2006). Les biberons et gamelles doivent être nettoyés et désinfectés tous les jours car les cochons d’Inde ont tendance à mettre de la nourriture mâchée sur la bille du biberon et défèquent souvent dans leurs gamelles.

Conditions d’hospitalisation

Il est important d’hospitaliser ce rongeur calme dans un endroit où le bruit est minimal (Bradley Bays 2006). Les cochons d’Inde ont un sens de l’ouïe assez bien développé, ce qui rend cette espèce sensible susceptible au stress associé au bruit. Pour minimiser encore le stress, il est essentiel de fournir une forme de sécurité visuelle, telle qu’une boîte pour se cacher, une maison achetée dans le commerce ou même une serviette pour qu’il s’enfouisse dessous pour dormir ou puisse s’y cacher s’il a peur (Fig 4) (Bradley Bays 2006).

Visit Notions de bases en entretien des NAC : hospitaliser les nouveaux animaux de compagnie et Soins intensifs des animaux exotiques : Soins de support des mammifères exotiques de compagnie pour plus d’information.

Even a towel can offer some form of visual security for burrowing or to serve as a retreat when the guinea pig is startled.

Figure 4. Une simple serviette peut fournir une forme de sécurité visuelle pour s’enfouir ou servir de cachette lorsque le cochon d’Inde est effrayé.

Conclusion

Comme la plupart des espèces proies, les cochons d’Inde cachent souvent leurs signes de douleur et de maladie. Pour améliorer le succès clinique, il est important de prendre des mesures visant à réduire le stress en gardant le patient dans un espace calme et de l’approcher doucement et lentement. Les cochons d’Inde hospitalisés bénéficient aussi grandement de la présence d’un compagnon de cage. Il faut surveiller l’appétit et la production fécale et urinaire chez le cochon d’Inde, et proposer la même alimentation que celle donnée à la maison autant que possible, car les cochons d’Inde développent des préférences alimentaires très tôt dans leur vie.

Références