Notions de base en comportement : le Cochon d’Inde

Points clés

  • Le cochon d’Inde est un rongeur paisible et docile.
  • Les cochons d’Inde ne tolèrent pas bien les changements d’alimentation ou d’enrichissement.
  • Les préférences alimentaires s’établissent tôt dans la vie, et les cochons d’Inde peuvent refuser de manger si le type ou la forme de leur nourriture est changé. Ainsi, les jeunes cochons d’Inde devraient être exposés à une variété de granulés et de légumes en petite quantité.
  • La réponse du cochon d’Inde au danger est l’immobilité, ou, plus rarement, la fuite.
  • Les cochons d’Inde sont des animaux très sociaux et vocaux.
  • Les cochons d’Inde sont coprophages.

Introduction

Le cochon d’Inde ou cobaye (Cavia porcellus) est un rongeur appartenant au sous-ordre Hystricomorpha et à la famille Caviidae (Fig 1) (Kimura et al 2016).

Members of the suborder Hystricomorpha: Chinchilla (upper left), porcupine (upper right), nutria (lower left), lesser Egyptian jerboa (lower right)

Figure 1. En tant que membre du sous-ordre Hystricomorpha, le cochon d’Inde est un parent distant de 18 familles, incluant le chinchilla, l’agouti, le paca, le ragondin et le porc-épic, espèces du Nouveau et de l’Ancien Monde. Crédits photos : Chinchilla par DarekP/Wikimedia Commons (WC) (en haut à gauche), porc-épic par Courtney Celley/USFWS/Flickr Creative Commons (FCC) (en haut à droite), ragondin par Frédérique Voisin-Demery/FCC (en bas à gauche), gerboise des steppes Russavia/WC (en bas à droite). Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

Le cochon d’Inde a été domestiqué en Amérique du Sud entre 500 et 1000 ans ap. J.-C., voire potentiellement dès 1000 ans av. J.-C. (Quesenberry et al 2012, Weir 1974). Les cochons d’Inde servaient alors principalement de source de nourriture pour les familles riches, et étaient également sacrifiés par les Incas pendant les rituels spirituels (Kimura et al 2016). A ce jour, le cochon d’Inde est encore utilisé comme source de nourriture dans de nombreux pays d’Afrique du Sud (Fig 2) (Quesenberry et al 2012).

In many South American countries, guinea pigs or “cuy” are raised for meat, much like chickens in North America.

Figure 2. Dans de nombreux pays d’Amérique du Sud, les cochons d’Inde “cuy” sont élevés pour la viande, comme les poulets en Amérique du Nord. Photo credit: Shelly via Flickr Creative Commons. Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

Les cochons d’Inde ont été importés en Europe il y a environ 500 ans et ces animaux paisibles étaient alors gardés comme animaux de compagnie. A partir du 19ème siècle, le cochon d’Inde a été utilisé en recherche biomédicale (Dunbar 2016, Quesenberry et al 2012, Padilla-Carlin et al 2008). Aujourd’hui, les cochons d’Inde sont à la fois des animaux de compagnie populaire et des animaux de laboratoire dans le monde entier. Le nombre de cochons d’Inde en recherche biomédicale a significativement diminué depuis le développement des souris et rats génétiquement modifiés, mais les cochons d’Inde restent l’espèce régulée par le Département de l’Agriculture des Etats Unis la plus répandue. (Fig 3) (Dunbar 2016, Quesenberry et al 2012).

caption id= »attachment_32826″ align= »aligncenter » width= »600″]North America and Europe guinea pigs are both popular companion and laboratory animals Figure 3. En Amérique du Nord, les cochons d’Inde sont à la fois des animaux de compagnie et des animaux de laboratoire. Crédit photo : Tim Parkinson via Flickr Creative Commons. Cliquer sur l’image pour l’agrandir[/caption]

Activités

Les cochons d’Inde sauvages sont crépusculaires (Asher et al 2004), alors qu’en captivité ils sont actifs pendant la majorité de la journée, passant de courtes périodes à faire la sieste (Clemons & Seeman 2011). Les cochons d’Inde au repos sont couchés sur leur flanc, les pattes étendues ou restent en décubitus sternal avec les pattes sous le corps (Bradley Bays 2006). Chez les cochons d’Inde de laboratoire, il n’a pas été observé de rythme circadien, mais il a été démontré qu’ils préfèrent ne pas sortir lorsque la lumière est intense (Clemons & Seeman 2011).


Réaction au danger

La réaction des cochons d’Inde aux dangers perçus est l’immobilité, ou, plus rarement, la fuite (Quesenberry et al 2012). Lorsqu’ils sont exposés à un nouveau son ou placés dans un nouvel environnement, les cochons d’Inde vont dans la plupart des cas s’immobiliser. Cette immobilisation est accompagnée par une posture avec le dos cambré, les pattes avant étendues et la tête haute avec les yeux grand ouverts (Manning et al 1976). Quand ils sont exposés à un mouvement brusque, les cochons d’Inde ont tendance à se mettre subitement à chercher à se cacher. Quand plusieurs cochons d’Inde sont logés dans le même enclos, ils ont tendance à s’éparpiller dans différentes directions quand ils sont effrayés, probablement pour semer la confusion auprès du prédateur. (Manning et al 1976). Fournir une cachette peut minimiser ce comportement.

Comportement social

Les cochons d’Inde sont des animaux très sociaux. Les cochons d’Inde sauvages vivent en petits groupes constitués de quelques individus à plusieurs douzaines d’individus, dans une hiérarchie dominée par un mâle (Manning et al 1976).

Contact physique

Les cochons d’Inde domestiques cherchent le contact physique avec les autres lorsqu’ils sont logés en groupe. Au repos, il se couchent souvent côte à côte, reposant parfois leur menton ou leurs pattes l’un sur l’autre (Manning et al 1976). Les cochons d’Inde vont aussi se regrouper au niveau des gamelles, mais le comportement de toilettage mutuel est rare.


Vocalisations

Les cochons d’Inde peuvent être très vocaux (Manning et al 1976). La plupart de leurs vocalisations ont été décrites dans la littérature (Quesenberry et al 2012, Bradley Bays 2006, Manning & Wagner 1976). Ces sons incluent, mais ne sont pas limité à :

  • Le “chut” ou gloussement est un son composé de un ou deux courts cris et est relié à l’exploration ou l’activité en général.
  • Le “purr” ou ronronnement est constitué d’environ 50 courts sons et est lié à la parade sexuelle et/ou le comportement filial.

CRIS DE DETRESSE

  • Le “drr” est généralement constitué de 6 à 7 sons courts, bien que cela puisse aller de 3 à 14 sons. Cette vocalisation est un signal d’alarme en lien avec un changement subit dans l’environnement comme un nouveau son.
  • Le “chirp” ou gazouillement est un son de basse intensité utilisé pour communiquer en cas de détresse ou pour donner l’alarme. Consulter Wikimedia:
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/27/Guinea_Pig_Chirping.ogg
  • Le “chutter” est constitué de deux à quatre cris émis en réponse au danger. Le “chutter” est généralement associé avec les conflits, la fuite ou la défense.
  • Le “squeal” ou couinement est un cri unique produit en réponse à une douleur ou blessure.


CRIS ASSOCIES A LA REPRODUCTION

  • Le “tweet” ou piaillement est une vocalisation constituée d’un nombre variable de cris et est relié au léchage de la région anogénitale des petits.
  • Le “whistle” ou sifflement survient en deux étapes. Il commence par le “low whistle” ou sifflement grave, et augmente en fréquence jusqu’au “full whistle” ou sifflement complet. Ce son est émis en cas de séparation maternelle et/ou de demande de nourriture auprès du propriétaire.

CRIS DE DOMINANCE/HIERARCHIE

  • Le “grunt” ou grondement est relié à la dominance entre les mâles lors d’interaction avec des individus situés plus bas dans la hiérarchie.
  • Le “scream” ou cri est produit par les individus plus bas dans la hiérarchie et est constitué d’un nombre variable de cris.
  • Le “tooth chattering” ou claquement de dents est un autre son qu’un cochon d’Inde subordonné peut émettre en réponse à une menace ou un conflit.

Marquage par l’odeur

Le marquage par l’odeur est fréquent tant chez les mâles que les femelles (Bradley Bays 2006, Manning & Wagner 1976). Le marquage anal et supracaudal est observé lors de l’introduction dans un nouvel environnement ou lors de comportements de reproduction. Les cochons d’Inde s’accroupissent et se frottent l’arrière train sur le sol de la cage (Iburg et al 2013, Clemons & Seeman 2011).


Agression

Les cochons d’Inde sauvages ont tendance à être plus agressifs que leur version domestiquée (Clemons & Seeman 2011). En captivité, la compétition pour l’accouplement, l’accès aux ressources de nourriture et l’espace semblent être les raisons premières de comportement d’agressivité chez ces rongeurs habituellement très dociles (Clemons & Seeman 2011). Les principales formes d’agression incluent le fait de mordiller les oreilles et de tirer ou couper les poils (barbering), dans quel cas une touffe de poil est arrachée par le cochon d’Inde dominant et ingérée (Quesenberry et al 2012, Manning & Wagner 1976). Les cochons d’Inde mâles peuvent aussi mordre.

Troubles du comportement associés aux conditions de vie

Le changement c’est mal

Les cochons d’Inde sont décrits comme “néophobes”, et en règle générale, ils ne tolèrent pas bien les changements dans leur alimentation ou leur environnement (Quesenberry et al 2012). Les préférences alimentaires sont établies tôt dans leur vie et même un petit changement dans le type de nourriture ou la forme des aliments peut mener à un refus (Quesenberry et al 2012). Pour minimiser le risque de futurs problèmes, il est recommandé d’exposer les jeunes animaux à une large gamme d’aliments en petite quantité afin de les habituer à avoir une alimentation variée (Quesenberry et al 2012).

Astuce clinique : Toujours informer les propriétaires de la tendance des cochons d’Inde à avoir des préférences alimentaires très marquées. Cela minimisera le risque d’anorexie comportementale si des nouveaux aliments sont offerts au cochon d’Inde plus tard dans sa vie.

Bien que les cochons d’Inde soient curieux de nature, les nouveaux environnements ou congénères peuvent aussi être intimidants. Lorsqu’ils sont exposés à un nouvel élément, les cochons d’Inde vont étendre leur corps et avoir un premier contact seulement avec leurs vibrisses (Clemons & Seeman 2011). Les changements dans l’environnement peuvent parfois entraîner un abattement et une baisse de l’appétit, mais heureusement ces effets sont plus mitigés si le cochon d’Inde a un compagnon (Donnelly & Brown 2004).

Comme les autres rongeurs, les cochons d’Inde ont aussi tendance à longer les murs (thigmotaxis), utilisant leurs vibrisses pour sentir les murs et évitant les espaces ouverts (Lee et al 2014).

Alimentation

En plus d’être néophobes (voir « Le changement c’est mal » ci-dessus), les cochons d’Inde ont aussi tendance à manger en groupe, et démontrent peu voire pas de compétition (Fig 4). En outre, les cochons d’Inde ne cachent pas ni stockent leur nourriture (Manning et al 1976).

Guinea pigs tend to eat in groups, with little to no competition observed.

Figure 4. Les cochons d’Inde mangent en groupe. Crédit photo: Ryan Roberts via Flickr Creative Commons. Cliquer sur l’image pour l’agrandir


Eau

Les biberons représentent une forme d’enrichissement pour les cochons d’Inde car ils permettent des mouvements de mâchoires similaires à la mastication, ce que les cochons d’Inde aiment beaucoup. L’utilisation de biberons permet aussi de réduire le risqué de concrétions urinaires comme les urolithes (Fig 5) (Balsiger et al 2016). Quand un cochon d’Inde est exposé pour la première fois à un biberon, leur premier instinct n’est pas de lécher mais de tirer ou mordre l’embout. Progressivement, le cochon d’Inde apprend à boire correctement par léchage, souvent associé à un peu de mâchonnement. Si le cochon d’Inde persiste à rencontrer des difficultés après quelques temps, l’embout peut être positionné de manière à seulement affleurer dans la cage, afin que la seule solution pour le cochon d’Inde soit de le lécher (Manning et al 1976). Les cochons d’Inde sont aussi connus pour déposer une “bouillie” de granulés dans l’embout des biberons (Quesenberry et al 2012), ainsi les biberons doivent être lavés et désinfectés régulièrement. L’obstruction du biberon peut entrainer une inondation de la cage. Les cochons d’Inde qui jouent régulièrement avec leur biberon peuvent en réalité s’ennuyer, et il est recommandé de leur fournir d’autres formes d’enrichissements pour limiter ce comportement.

Astuce clinique : Attention, la consommation d’eau peut diminuer quand l’eau est offerte dans une gamelle. Une consommation d’eau insuffisante peut augmenter la concentration des urines et le risque d’urolithiase (Balsiger et al 2016).

Guinea pigs generally prefer water bottles

Figure 5. Les cochons d’Inde préfèrent généralement les biberons et selon une étude (Balsiger et al 2016), la consommation d’eau est significativement plus élevée quand l’eau est fournie dans un biberon en comparaison avec une gamelle. Crédit photo : P1120119 via Flickr Creative Commons. Cliquer sur l’image pour l’agrandir.


Cachettes

Les cochons d’Inde sauvages ne creusent pas de terrier mais utilisent les tanières des autres animaux pour se cacher des prédateurs (Manning & Wagner 1976). Il est conseillé de fournir aux cochons d’Inde de compagnie ou de laboratoire une forme de sécurité visuelle, pouvant aller d’une simple boite en carton à une cachette pour cochon d’Inde vendue dans le commerce (Fig 6).

Provide companion and laboratory guinea pigs with some form of visual security.

Figure 6. Il est conseillé de fournir aux cochons d’Inde une forme de sécurité visuelle. Crédit photo : Micah Sittig via Flickr Creative Commons. Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

Coprophagie

Les cochons d’Inde mangent de manière normale leur fèces riches en vitamine B et protéines directement à la sortie de l’anus. Si l’ingestion de ces fèces très riches nutritionnellement n’est pas possible, une mauvaise digestion des fibres et une perte de poids peuvent apparaître (Quesenberry et al 2012). Les cochons d’Inde vivant en groupe ou avec des animaux d’autres espèces peuvent aussi manger les fèces des autres animaux, ce qui peut être à l’origine de problèmes en cas d’infestation parasitaire (Donnelly & Brown 2004).

Astuce clinique : Les cochons d’Inde gériatriques peuvent souffrir d’impactions fécales, dont l’origine peut être une perte de tonicité musculaire ou une incapacité à la coprophagie. Les cochons d’Inde atteints ont besoin d’une vidange manuelle régulière des selles impactées, environ une fois par semaine (Quesenberry et al 2012).

Conclusion

Le cochon d’Inde est un rongeur paisible et très social, utilisé à la fois comme animal de compagnie et comme modèle expérimental en Amérique du Nord et en Europe. Les préférences alimentaires se mettent en place tôt dans leur vie, et un cochon d’Inde peut refuser de manger si le type ou la forme de nourriture a été changé. Pour cette raison, les vétérinaires pour petits mammifères recommandent d’exposer les jeunes animaux à une variété de granulés et de légumes. Les cochons d’Inde ne tolèrent également pas bien les changements d’environnement. Quand ils sont exposés à un danger, leur réaction est généralement de s’immobiliser, ou plus rarement de fuir.

Références