Ophtalmologie des rapaces: anatomie de l’œil

Points clés

  • Chez l’oiseau, l’œil est de manière relative et absolue de grande taille par rapport à la taille corporelle de l’oiseau.
  • La sclère est composée d’un anneau formé de petits os en partie antérieure et de cartilage en partie postérieure.
  • Tous les oiseaux possèdent un certain degré de muscles striés au niveau de l’iris, rendant l’utilisation d’agents parasympathicolytiques (ex : atropine) inefficace quant à la dilatation.
  • Les oiseaux ne possèdent pas de tapetum choroïdien.
  • La rétine avasculaire est nourrie par la choroïde située à l’extérieur et par le pecten situé à l’intérieur. Le pecten est une structure plissée, fortement pigmentée et hautement vascularisée qui est projetée dans le vitré et qui prend base au niveau du nerf optique. Le nerf optique est visible tel un fin repli à la base du pecten.

Introduction

Un oiseau est une aile guidée par un œil… Rochon-Duvigneaud: Les Yeux et La Vision Des Vertébrés

L’œil des oiseaux est une grande structure qui représente une part importante de leur masse crânienne. La survie des oiseaux de proie dépend très fortement de leur capacité visuelle.

Orbite

La partie postérieure de l’œil est bien adaptée à la structure osseuse de l’orbite. Les globes sont séparés par un fin septum inter orbitaire, qui mesure à certain endroit moins de 1mm. Ce septum inter orbitaire est osseux ou partiellement fibreux en fonction des espèces. Une grande partie du bord latéral du globe oculaire n’est pas protégée par cette structure osseuse.

Globe

La forme de l’œil de rapace varie en fonction des espèces et est déterminée par la forme et la superficie des osselets scléraux. L’œil est relativement plat chez la plupart des petits oiseaux de proie diurnes telles que les crécerelles (Falco tinnunculus), globoïde chez les grands diurnes (ex : buteos), et tubulaires chez les nocturnes.

La mobilité de l’œil est réduite chez les oiseaux. Il n’y a pas de muscle rétracteur de l’œil, et les 2 muscles oculomoteurs obliques et les 4 droits sont relativement minces. Les muscles pyramidal et carré, qui prennent origine à la partie postérieure du globe, agissent en coordination l’un avec l’autre pour mobiliser la nictitante.

Sclère

La sclère n’est pas directement visible chez la plupart des oiseaux suite au rapprochement serré des paupières au limbe. L’anneau scléral est composé de 10-18 (15 chez la plupart des rapaces) petits os constituant la partie antérieure de la sclère. Ces osselets déterminent la forme de la sclère (Fig 1), protègent les structures oculaires internes et servent de site originaire pour les muscles ciliaires striés.

Les osselets scléraux déterminent la forme oculaire

Figure 1. Les osselets scléraux déterminent la forme oculaire. La forme du globe est tubulaire chez les strigiformes tel que le grand-duc d’Amérique (Bubo virginianus), globoïde chez la plupart des faucons telle que la buse pattue (Buteo lagopus), et plat chez la plupart des oiseaux diurnes. Illustration fournie par Dr. Christopher Murphy. Permission pour réimprimer fournie par le Compendium Small Animal.

Paupières

Les paupières des oiseaux sont fines et le plus souvent translucides. Elles sont couvertes de peu de plumes excepté leur bord qui est composé de délicates filoplumes chez la plupart des espèces. Le bord palpébral est le plus souvent pigmenté et ne possède pas de glandes de Meibomius. La paupière inférieure couvre la majorité de la cornée et est composée d’une plaque fibroélastique (tarsus) de forme semi circulaire chez la plupart des oiseaux de proie.

Membrane nictitante

La membrane nictitante est bien développée chez les tous les oiseaux. Celle-ci est translucide à opaque et possède généralement un bord crânial pigmenté. Elle permet l’étalement du film lacrymal sur la cornée, bougeant obliquement de l’angle dorsonasal au ventrotemporal chez la plupart des rapaces. La contraction des muscles pyramidal et carré contrôle son mouvement.

Segment antérieur

Cornée

Les couches de la cornée chez les oiseaux de proie sont:

  • Epithélium de la cornée antérieure
  • Lame limitante antérieure (couche de Bowman)
  • Substantia propria (stroma comprenant la majorité des épaisseurs de la cornée)
  • Lame limitante postérieure (membrane de Descemet)
  • Epithélium postérieur (endothélium)

Iris

L’iris des oiseaux est composé de quantités variables de muscles striés, muscles lisses et d’un muscle dilatateur myoépithélial. Le muscle strié circonférentiel sert de sphincter pupillaire primaire chez toutes les espèces rendant l’usage de parasympathicolytique (ex : atropine, tropicamide) inefficace quant à la dilatation pupillaire.

La vascularisation irienne est vaste et peut être obscurcie par des éléments du stroma, lipochrome ou pigments ptéridines. La couleur de l’iris peut changer chez certaines espèces en fonction de l’âge des individus. Les jeunes buses à queue rousse ont l’iris jaune-gris, qui devient plus foncé avec l’âge jusqu’à atteindre une coloration brune chocolat foncé vers l’âge de quatre ans. Les accipitridés ont l’iris gris lorsqu’ils sont au nid, jaune lorsqu’ils sont juvéniles et jeunes adultes, orange vers l’âge adulte moyen et rouge rubis pour les adultes plus âgés (5 ans).

Angle iridocornéen

L’angle iridocornéen est une région bien développée chez les rapaces, plus importante encore chez les strigiformes. Cette région comprend la partie interne la plus postérieure de la cornée, la partie antérieure la plus externe du corps ciliaire et la base de l’iris. Les trabécules qui constituent le ligament pectiné peuvent être visualisées, croisant l’angle iridocornéen et passant de la cornée à l’iris (Fig 2).

Angle iridocornéen chez un grand-duc d’Amérique

Figure 2. Angle iridocornéen chez un grand-duc d’Amérique (Bubo virginianus). Observez la profondeur de la chambre antérieure, le développement important du ligament pectiné, et les processus ciliaires fusionnant à la capsule du cristallin. Photographie fournie par Dr. Christopher Murphy. Permission pour réimprimer fournie par le Compendium Small Animal.

Corps ciliaire

Les muscles ciliaires sont striés chez les oiseaux, permettant un mécanisme d’accommodation rapide. Les processus ciliaires peuvent être observés comme de nombreux processus en forme de massue qui se fixent directement à la capsule du cristallin à hauteur de son équateur.

Cristallin

Le cristallin des oiseaux est relativement large et généralement plus mou chez les oiseaux que chez les mammifères. Ce cristallin mou permet une accommodation visuelle très rapide, et fait de la phacoémulsification une technique idéale pour son retrait. Un coussinet annulaire est présent directement sous la capsule au niveau de la région d’attache des processus ciliaires. Le coussinet annulaire est plus extensible chez les rapaces diurnes que chez les nocturnes.

Segment postérieur

Choroïde

La choroïde est bien développée chez les oiseaux. La vascularisation choroïdienne est facilement visible chez la plupart des jeunes nocturnes, qui ont peu de pigments au niveau de l’épithélium rétinien (Fig 3). Les vaisseaux choroïdiens sont plus difficiles à observer chez la plupart des rapaces diurnes et dans la plupart des cas sont totalement obscurcis par l’épithélium pigmenté de la rétine supérieure.

Superior choroidal vasculature in an Eastern screech owl.

Figure 3. Vascularisation de la choroïde supérieure chez un Petit duc maculé (Megascops asio). Photographie fournie par Dr. Christopher Murphy. Permission pour réimprimer par le Compendium Small Animal.

Les oiseaux ne possèdent pas de tapetum choroïdien, bien que un tapetum épithélial pigmenté rétinien a été décrit chez les caprimulgiformes tel que l’engoulevent bois-pourri (Caprimulgus vociferus).

Le pecten est fortement pigmenté, hautement vascularisé, plissé et se projette dans le vitré à partie d’une base située sur le disques optiques, recouvrant ceux-ci (Fig 4). Le pecten est situé ventro-temporalement à l’œil et est plus développé chez les rapaces diurnes que nocturnes. De nombreuses fonctions lui ont été attribuées et la plupart des investigateurs appuient celles d’un support nutritionnel à l’aspect intérieur de la rétine avasculaire, d’une assistance dans le maintien d’une balance acide-base et de la participation au mélange de fluide dans le segment postérieur de l’œil. L’angiographie par fluoréscéine chez les nocturnes a révélé la présence d’éjections fréquentes de sang du pecten à l’intérieur du vitré, ce qui appui la théorie de support nutritionnel de la rétine.

Le pecten est une structure plissée, fortement pigmentée et hautement vascularisé qui se projette dans le vitré à la base des disques optiques

Figure 4. Le pecten est une structure plissée, fortement pigmentée et hautement vascularisé qui se projette dans le vitré à la base des disques optiques. Image d’un grand-duc d’Amérique (Bubo virginianus) fournie par Dennis E. Brooks, DVM PhD Dipl ACVO.

Rétine

La rétine avasculaire se nourrit principalement par la choroïde sous-jacente. La présence et le nombre de foveas varient en fonction des espèces. Les rapaces diurnes ont 2 foveas dans chaque œil, une centrale et une autre temporale. Les nocturnes possèdent une simple fovéa qui apparaît comme une dépression dorsotemporale au pecten. La fovéa joue un rôle important dans l’acuité de la vision. Des études récentes ont montré que les deux fovéas des rapaces diurnes sont coordonnées entre elles, créant une grande aire de haute acuité visuelle (approximativement 50 degrés chez la buse à queue rousse).

Références

Références

Korbel RT. Avian ophthalmology—A clinically-oriented approach. Proc Annu Conf Assoc Avian Veterinarians 2000. Pp. 335-350.

Korbel RT, Redig PT, Walde I, Reese S. Video fluorescein angiography in the eyes of various raptors and mammals. Proc Annu Conf Association of Avian Veterinarians 2000 Pp 89-95

Murphy CJ. Raptor ophthalmology. Compendium Small Animal 9(3): 241-260, 1987.

Pauli A, Klauss G, Diehl, K, Redig, P. Clinical techniques: considerations for release of raptors with ocular disease. J Exot Pet Med 16(2): 101-103, 2007.

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