Ce que Veulent les Perroquets: L’Importance et l’Utilisation du Comportement de Recherche Alimentaire et de l’Enrichissement Environnemental pour les Oiseaux

Parrot with sign Will Work For Food by Nico Schoemaker

Aperçu de la conférence

contrafreeloading cropped square van Zeeland

Les objectifs de la conférence incluent:

  • Les perroquets en captivité face aux perroquets sauvages
    • Les comportements typiques d’espèce chez les perroquets sauvages
    • Les environnements de vie en captivité
  • L’enrichissement environnemental
    • Les types d’enrichissement
    • Les effets d’un enrichissement environnemental sur le comportement, la santé, et le bien-être des perroquets captifs
  • Les recherches pour identifier les besoins comportementaux des psittaciformes

Résumé

Malgré le fait que les perroquets soient des animaux de compagnie populaire, une grande partie des informations relatives à leur nutrition et à leur comportement est toujours inconnue. Contrairement aux chiens et aux chats, la plupart des espèces de psittaciformes ne sont pas domestiquées et ont donc probablement retenu la plupart, si ce n’est tout, de leurs instincts sauvages et de leurs besoins comportementaux. En captivité, toutefois, la plupart des perroquets ont peu ou pas d’opportunité d’exprimer ces comportements spécifiques d’espèce. Outre le fait que ceci réduira leur bien-être, cela pourra également aboutir à la mise en place de comportements répétés anormaux incluant le comportement de destruction des plumes ainsi que des stéréotypies orales ou locomotrices.

L’apport d’un enrichissement environnemental est un outil important pour permettre aux animaux d’exprimer leurs comportements naturels spécifiques d’espèce et réduire l’apparition de problèmes comportementaux et/ou de santé. Plusieurs catégories peuvent être distinguées, incluant l’enrichissement social, occupationnel, physique, sensoriel et nutritionnel ou la stimulation du comportement de recherche alimentaire. Au cours des dernières années, plusieurs études ont été réalisées pour étudier l’effet de différents types d’enrichissement sur le comportement et le bien-être des perroquets, et ont révélé leur potentiel à réduire les comportements répétitifs anormaux et améliorer le bien être des perroquets captifs. Néanmoins, les informations concernant les vrais besoins comportementaux des perroquets sont toujours largement inconnus.

Diverses méthodes existent pour étudier l’importance de différents types d’enrichissement pour un animal, parmi lesquelles les tests de choix sont considérés être les plus informatifs. Parmi ceux-ci, les tests de préférence, au cours desquels l’animal est autorisé à choisir entre deux environnements ou plus, ne différant que par une seule caractéristique sont certainement les mieux connus. En utilisant de tels tests, il a été découvert que les perroquets sont fortement motivés pour travailler afin d’obtenir leur nourriture (concept de « contrafreeloading », c’est-à-dire le fait d’être contre l’exploitation de la nourriture facilement accessible). Cette découverte a indiqué que la création d’opportunités permettant de rechercher de la nourriture est essentielle pour le bien-être des perroquets en captivité. D’autres études se sont concentrées sur les préférences des perroquets pour certaines caractéristiques spécifiques de l’enrichissement, fournissant ainsi un fondement expérimental pour le développement et le perfectionnement de ces enrichissements.

En dehors des tests de préférence, des tests dits « motivationnels » peuvent être réalisés. De tels tests, également connus sous le nom d’étude de demande du consommateur, aident à explorer l’efficacité et l’importance d’un enrichissement spécifique pour un animal donné. Dans une étude pilote concernant la motivation des perroquets pour divers types d’enrichissement, il a été remarqué que les perroquets étaient fortement motivés par des interactions sociales avec des conspécifiques et par un espace leur permettant de voler et de déambuler librement, alors que d’autres enrichissements étaient appréciés différemment par chaque perroquet. Les résultats des études susmentionnées aident à formuler des recommandations concernant l’environnement de vie des perroquets et à améliorer davantage leur bien-être en captivité.

A propos de la conférencière

Dr. Yvonne R.A. van Zeeland est Professeur Assistante à la Division de Médecine Zoologique de l’Université d’Utrecht au Pays-Bas. Dr. van Zeeland a obtenu son doctorat à l’Université d’Utrecht en 2004. Elle réalise un internat en médecine des animaux de compagnie à l’Université d’Utrecht, suivi d’une résidence en médecine aviaire. En Avril 2013, Yvonne devient Diplômée du Collège Européen de Médecine Aviaire (ECZM-Aviaire) et une spécialiste en Médecine Aviaire reconnue en Europe. Tout au long de sa carrière, Yvonne a montré un intérêt particulier pour le comportement des perroquets. Elle est devenue consultante certifiée Tinley en comportement des perroquets en 2012 et a également réalisé des recherches sur le comportement de destruction des plumes chez les perroquets Gris du Gabon [PLUS]

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Questions-Réponses avec l’expert

Bien que de nombreuses questions envoyées par la boîte de discussion aient reçu une réponse au cours de la session du webinaire, les questions restantes ont reçu une réponse par courriel et sont résumées ci-dessous:

Q: Is the van Zeeland foraging study published? »
A: A link to this study is included in Dr. van Zeeland’s LafeberVet article, Fascinating Facts on Foraging & Enrichment, which was mentioned on Sunday, however here is a direct link for download of her thesis: https://dspace.library.uu.nl/handle/1874/276159.
Q: Est-ce que l’étude de van Zeeland sur le comportement de recherche alimentaire a été publiée ? »
R: Un lien vers cette étude est inclus dans l’article LafeberVet du Dr van Zeeland, Quelques Faits Fascinants sur l’Enrichissement & le Comportement de Recherche Alimentaire, qui a été mentionné Dimanche. Toutefois, voici un lien direct pour télécharger sa thèse : https://dspace.library.uu.nl/handle/1874/276159.

Q: Est-ce que vous pensez qu’il est mieux d’ajouter une source d’enrichissement à la fois ou d’ajouter une grande variété de types d’enrichissement d’un coup ?
R: Ceci dépend en grande partie de chaque individu. Toutefois, pour tout oiseau, le fait d’avoir différentes options lui permettant de choisir est important afin de lui laisser la possibilité de contrôler son environnement et réguler son activité en fonction de ses propres préférences. Pour un oiseau qui apparait anxieux et manifeste des comportements d’évitement ou de fuite lorsqu’il est confronté à de nouveaux objets, ou un oiseau qui semble moins bien gérer les modifications de son environnement (par exemple qui répond à de tels modifications par des comportements stéréotypiques, un comportement de destruction des plumes ou des comportements conflictuels), je ne recommanderai certainement pas de changer ou d’ajouter trop de choses d’un coup, mais considérerai plutôt une introduction graduelle de nouveaux enrichissements/objets/éléments. Pour les oiseaux qui semblent être de nature plus curieuse ou qui sont plus facilement distrait (par exemple s’occupant avec une seule activité pendant une courte période et changeant rapidement pour une autre) des changements plus fréquents et/ou l’ajout de plus d’enrichissements à la fois serait possible. Considérez également d’offrir des enrichissements à l’oiseau de façon stratégique, suivant l’emploi du temps de son propriétaire. Par exemple, un bon moment pour offrir les enrichissements préférés à un oiseau pourrait être lorsque le propriétaire part au travail et/ou qu’aucune autre activité n’est prévue (le propriétaire est occupé par ailleurs et n’a pas le temps d’interagir avec l’oiseau) de sorte que l’oiseau soit effectivement plus intéressé dans l’enrichissement et plus à même de s’occuper par lui-même avec les enrichissements, alors que cela pourrait ne pas être le cas si cet enrichissement était présent en continu.

Q: Est-ce que vous recommandez l’utilisation de médicaments contre l’anxiété (par exemple des amines tricycliques, inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine) chez les oiseaux stressés ?
R: Les traitements anxiolytiques peuvent de façon certaine être considérés chez les oiseaux très stressés. Toutefois, l’administration des médications aux oiseaux nécessite que le propriétaire soit capable de le faire sans provoquer de stress additionnel (c’est-à-dire que l’oiseau devrait accepter de prendre le médicament volontairement, sans quoi l’administration du médicament pourrait en fait potentiellement aggraver la situation). De plus, je ne considère jamais de donner des médicaments comme solution unique, mais plutôt comme une thérapie adjuvante aidant l’oiseau à commencer à accepter l’entrainement et l’enrichissement avec plus de facilités. Dans les problèmes reliés à l’anxiété, la désensibilisation systémique et le contre-conditionnement sont essentiels pour assurer une issue positive sur le long terme. Dans la plupart des cas j’ai observé qu’avec du temps et de la patience, l’animal retrouve un comportement plus calme et s’adapte à la situation sans avoir besoin de reprendre de médicaments, y compris dans les cas pour lesquels je m’étais initialement attendu à en avoir besoin. (De sorte que le nombre de cas pour lesquels je les ai effectivement utilisés au final sont vraiment minimes)

Q: Votre opinion sur la taille des plumes ?
R: Ceci dépendra de chaque cas particulier. Alors qu’une taille de plumes pourrait être bénéfique d’un point de vue comportemental pour un oiseau (par exemple parce que cela lui permet de passer plus de temps en dehors de la cage ou en dehors de la maison), cela pourrait ne pas l’être pour un autre oiseau (par exemple un oiseau vivant dans une volière qui ne pourra pas utiliser sa capacité à voler ou un oiseau qui est effrayé par quelque chose et ne peut pas facilement s’enfuir en s’envolant, contribuant ainsi potentiellement à augmenter son stress). Il serait également concevable qu’il existe des différences entre espèces. Considérez par exemple la construction anatomique avec un corps élancé comme les aras, les perruches ondulées ou les calopsittes en comparaison avec les Gris du Gabon et les Amazones plus trapus. Les fonctions des ailes et du vol peuvent être différentes suivant les espèces. Par exemple il est possible de voler pour accéder à un terrain pour rechercher de la nourriture ou échapper à des prédateurs ou au contraire de voler pour jouer (ce qui peut être observé chez les corbeaux par exemple). Chez certains oiseaux (en particulier les aras, mais également d’autres espèces) il est possible d’observer que certains oiseaux apprécient de voler librement et choisiront de voler si l’opportunité leur est donné, alors que d’autres ne le feront pas et préfèreront utiliser le vol comme un moyen de s’échapper. Nous devrions certainement considérer ces aspects, ainsi que les effets potentiels sur la santé (tel que montré par Scott Echols par rapport à la minéralisation osseuse ou le risque d’athérosclérose par exemple) lorsque les oiseaux ne sont pas capable d’avoir une activité physique suffisante. De façon similaire, les risques pour la santé peuvent augmenter si un oiseau peut voler (par exemple les accidents domestiques). Au final, il s’agit d’une décision qui ne devrait pas être prise à la légère mais être fondée sur la pesée des avantages et des inconvénients potentiels pour chaque situation et individu particulier. Pour ceux qui sont intéressés, nous avons défini avec d’autres collègues les différents points à considérer pour la taille des ailes chez les oiseaux avec plus de précision et avons tenté de fournir un cadre pour prendre la décision de tailler les plumes d’un oiseau ou pas, dans le Current Avian Therapy.

Q: Pensez-vous qu’il soit possible pour les propriétaires de satisfaire aux besoins d’interaction sociale des perroquets ?
R: Il est certain que le besoin d’interaction (en terme de temps, de type d’interaction) est probablement différent pour chaque espèce et pourrait également différer pour chaque individu (comme c’est également le cas chez les humains), mais en général nous devons considérer que les perroquets sont des espèces avec des besoins sociaux très importants. Qu’un humain puisse ou ne puisse pas satisfaire les besoins en interaction sociale pourrait tout d’abord dépendre de l’historique d’élevage de l’oiseau (si c’est un oiseau élevé par les parents qui a reçu peu d’attention de la part d’humains au cours des phases précoces de sa vie, il est très probable que cet oiseau n’appréciera pas les contacts humains dès le départ et nécessitera de nombreuses expériences positives de sorte à considérer le contact humain comme quelque chose de positif). Si l’oiseau est un individu ayant été élevé à la main, il est bien plus probable que les interactions humaines soient perçues comme positives par l’oiseau (alors que les contacts avec d’autres oiseaux peuvent ne pas l’être, et pourrait même avoir un effet négatif sur cet oiseau). Toutefois, chez ces oiseaux, des problèmes peuvent survenir à un moment lorsque le propriétaire n’est pas en mesure de lui offrir suffisamment de temps ou d’interaction du type qui est requis par l’oiseau. Par exemple, lorsque l’oiseau devient sexuellement mature, l’absence de possibilité pour s’accoupler pourrait résulter en une frustration sexuelle et des problèmes comportementaux. Dans de nombreuses situations, les personnes ont d’autres obligations telles que le travail, les obligeant à laisser leur perroquet seul pendant une grande partie de la journée, ce qui pose un risque de manque d’interaction sociale. Pour être capable d’empêcher cela, il nous faudrait d’abord savoir quel type d’interaction et en quelle quantité serait suffisante ou insuffisante. De ce que l’on sait des perroquets sauvages, le temps passé dans le cadre d’interactions sociales directes a été rapporté représenter au moins 1.5 heures par jour (nous sommes ici encore en train de généraliser pour tous les perroquets sans considérer des espèces individuelles, pour qui ce temps pourrait différer). Cette information nous amènerait à recommander au moins 1.5 heures d’interactions sociales directes (ce qui serait certainement faisables pour de nombreux propriétaires). Néanmoins, dans la nature, les oiseaux passent également beaucoup de temps en contact avec les autres oiseaux sans interagir directement avec eux et qui pourrait être tout aussi important. Ceci est certainement beaucoup plus difficile à réaliser pour la plupart des propriétaires qui travaillent à l’extérieur pendant une grande partie de la journée. Néanmoins, il nous faut réaliser que, même dans les cas où il n’est pas possible de complètement satisfaire un besoin, cela n’implique pas nécessaire que l’oiseau souffrira ou ressentira du mal-être. Pour autant que l’on fournisse à l’oiseau suffisamment d’opportunités pour s’adapter. Par exemple, dans la situation susmentionnée, l’apport d’autres types d’enrichissement pourrait certainement agir comme un substitut, dans la mesure où les opportunités crées sont pertinentes / fonctionnelles / appropriées pour l’animal et lui permettent de s’adapter à ces circonstances. De façon similaire, d’autres types de stimuli (par exemple la radio ou la télévision) pourraient en partie jouer le rôle de substitut lorsqu’un propriétaire n’est pas présent (et a été récemment identifié comme un facteur de risque chez des Gris du Gabon atteint de destruction des plumes lorsqu’ils ne sont pas apportés chez un propriétaire est absent). En conséquence, il serait important de considérer tous les aspects de l’environnement de vie et de voir quels et où les substituts potentiels pourraient être fournis pour permettre à l’animal de s’adapter de façon optimale à cette situation.

Q: J’ai lu que l’Université de Hanovre offrait un traitement gratuit des oiseaux se piquant, mais que les propriétaires devaient accepter que l’oiseau reste pendant 6 ans. Quelle est votre opinion sur ce sujet ? Pensez-vous vraiment qu’un propriétaire d’oiseau standard peut parvenir à traiter ce problème ?
R: Est-ce que l’auteur de la question veut dire que les oiseaux doivent rester avec le propriétaire pendant 6 ans et ne pas être replacés ou euthanasiés dans le même temps, ou est-ce que l’auteur veut dire que l’oiseau sera hospitalisé pendant 6 ans à la clinique ? Dans les deux cas, je ne pense pas que les chances de succès sont élevées dans la mesure où le propriétaire est celui qui doit avoir la motivation de passer du temps, et investir des efforts, et être motivé et être disposé à apporter les changements nécessaires dans l’environnement de vie de l’oiseau. Dans un certain sens, le fait de retirer les contraintes financières du traitement pourrait persuader les propriétaires de venir avec leur oiseau, mais ils nécessiteraient quand même d’être motivés à investir du temps et de l’argent pour restructurer l’environnement de vie (si les contraintes financières étaient un problème au départ, alors ils sont toujours dans cette situation). Dans la situation où l’oiseau est hospitalisé à la clinique, cela signifierai que les propriétaires n’ont pas besoin d’investir de leur propre temps pour les modifications car la clinique prendrait le relais. Toutefois, la probabilité d’un succès du traitement serait à la fin mince car il y a un grand risque que l’oiseau recommence à se piquer lorsqu’il retourne à la maison, dans la mesure où les propriétaires pourraient ne pas être suffisamment motivés pour faire le changement eux-mêmes. Alternativement, le fait de forcer les propriétaires à garder leur oiseau pendant 6 ans pour obtenir un traitement gratuit semble également bizarre, dans la mesure où ces propriétaires pourraient encore une fois ne pas être suffisamment motivés pour accomplir les changements nécessaires, et pourraient même devenir frustrés dans la mesure où le traitement ne marcherai alors pas, ce qui placerai alors le propriétaire et l’oiseau dans une situation inconfortable et qui serait préjudiciable aux deux. Dans mon expérience, les patients chez qui le traitement a le plus de chance de réussir sont ceux où le propriétaire est motivé (et en mesure) d’investir du temps et de l’argent pour réaliser les changements qui sont nécessaires. Ces propriétaires sont souvent ceux qui sont motivés à dépenser de l’argent (plutôt que d’être persuadés avec une consultation et un traitement gratuits).

Validation R.A.C.E.

Cette formation a été revue et approuvée par le programme R.A.C.E. (Registry of Continuing Education) de l’American Association of Veterinary State Boards (AAVSB) pour une heure de formation continue dans les juridictions reconnaissant la validation par l’AAVSB R.A.C.E.
Merci de contacter le programme R.A.C.E. de l’AAVSB pour tout commentaire ou suggestion concernant la pertinence et l’intérêt de cette formation pour la profession vétérinaire.