Administration de traitements aux Reptiles

Traitements chez les reptiles

Régulièrement, les techniques d’administration de traitements par voie orale ou intramusculaire (IM) doivent être expliquées et montrées aux propriétaires pour permettre la poursuite des soins à la maison. Dans la plupart des cas et la plupart des espèces, les injections parentérales sont préférées à la voie orale. Les médicaments injectables peuvent être administrés par voie IM, sous-cutanée (SC), intracœlomique (IC), intraveineuse (IV) ou intra-osseuse (IO). Avant de commencer le traitement, assurez-vous que le patient est bien hydraté et maintenu dans sa zone de température optimale.

Voie intramusculaire : Vidéo

Les injections intramusculaires représentent la voie d’administration parentérale la plus commune chez les reptiles.


Vidéo narrée et produite par M. Scott Echols, DVM, DABVP (Praitque aviaire)

Site d’injection

Historiquement, la queue et les membres pelviens étaient évités du fait de l’existence d’un système porte rénal. Les recherches ont démontré qu’un effet de premier passage n’a pas forcément lieu contrairement à ce qui était initialement supposé (Beck 1995, Holz 1997, Holz 2002). Néanmoins, il n’est toujours pas établi si les injections dans la moitié caudale du corps sont appropriées pour toutes les molécules et pour toutes (ou au moins la plupart) des espèces. De ce fait, la plupart des cliniciens continuent d’injecter dans la moitié crâniale du corps (Fig 1).

Intramuscular injections made into the cranial half of the reptile body.

Figure 1. Les injections intramusculaires sont traditionnellement effectuées dans la moitié crânile du corps des reptiles. Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

Les sites spécifiques pour les injections intramusculaires varient (Encadré 1). Chez les lézards, les injections sont principalement effectuées dans la portion la plus musculaire de l’avant-bras ou du bras. Prenez soin d’éviter la surface crâniale du membre afin de minimiser le risque de lésion du nerf radial (Fig. 2). Les membres antérieurs sont aussi utilisés chez les chéloniens (Fig. 3). Le seul groupe musculaire disponible pour les injections intramusculaires chez les serpents est la musculature épaxiale (Fig 4).

Encadré 1. Sites d’injection intramusculaire chez les reptiles
ChélioniensBras (muscle deltoïde ou triceps), avant-bras (biceps)
LézardsAvant-bras
SerpentsMuscles épaxiaux de la moitié crâniale du corps
Intramuscular injections are made into the most muscular part of the upper arm or forearm.

Figure 2. Les injections intramusculaires sont réalisées dans la partie la plus musculaire du bras ou de l’avant-bras chez les lézards. Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

caption id=”attachment_11480″ align=”aligncenter” width=”400″]Intramuscular injections are made into the forelimbs in chelonians. Figure 3. Les injections intramusculaires sont réalisées dans les membres antérieurs chez les chéloniens. Cliquer sur l’image pour l’agrandir.[/caption]

Palpation of epaxial musculature

Figure 4. Palpation du muscle epaxial chez un serpent. Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

Autant que possible, évitez les injections IM chez les petites espèces comme les geckos. Lors d’injections dans les membres antérieurs, éviter la surface crâniale pour minimiser le risque de lésion du nerf radial.

Technique

Insérer l’aiguille entre deux écailles chez les squamates (lézards et serpents). Après insertion de l’aiguille, appliquer une pression négative comme chez tout animal pour éviter l’injection accidentelle dans un vaisseau sanguin. Si de multiples injections sont nécessaires, assurez-vous d’alterner les sites d’injection pour limiter l’inflammation et améliorer la coopération du patient.

Les traitements prescrits dépendent de l’espèce, du problème clinique, des résultats de culture bactérienne (pour les antibiotiques) et de la durée de traitement prévue. Cependant, gardez en tête le fait que le fabricant recommande que l’enrofloxacine (Baytril®, Bayer Santé Animale) ne soit administrée par voie injectable qu’une seule fois du fait de son pH alcalin. Des injections intramusculaires répétées d’enrofloxacine peuvent causer une nécrose musculaire. Cette nécrose n’est généralement constatée qu’en autopsie mais est sans aucun doute source de douleur. Dans de rares cas, les injections répétées peuvent aussi entraîner une dépigmentation de la peau et une mue anormale (Fig. 5) (Mitchell 2006).

In rare instances, repeated intramuscular injections can lead to skin depigmentation.

Figure 5. Dans de rares cas, les injections répétées peuvent aussi entraîner une dépigmentation de la peau. Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

Instructions pour les soins à la maison

Indiquez aux propriétaires d’alterner les sites d’injection (tel que décrit ci-dessus) et de ramener les aiguilles pour en disposer dans un contenant approprié.

Voie sous-cutanée

Les reptiles ont un espace sous-cutané relativement petit avec une vascularisation limitée rendant l’absorption de fluides ou de traitements variable (Mitchell 2006). Il n’y a pas besoin de pincer la peau chez les reptiles (Encadré 2). Insérer l’aiguille parallèlement à la peau entre les écailles. Avancer plus de la moitié de la longueur de l’aiguille pour réduire le risque de fuite.

Encadré 2. Sites d’injection sous-cutanée chez les reptiles
ChéloniensEspaces axillaire et inguinal
LézardParoi cœlomique latérale, espace inguinal
SerpentParoi latérale du corps

Certaines tortues ont également une fine couche de peau à la jonction entre le plastron (ou partie inférieure de la carapace) et le pont (ou l’endroit où les parties inférieure et supérieure de la carapace se connectent). Cet espace peut être utilisé pour injecter de petits volumes même lorsque la tortue est rentrée dans sa carapace (Sykes 2006).

Voie intracoelomique

La voie intracoelomique n’est pas une voie classique d’administration.

  1. Positionnez les squamates en décubitus dorsal et les chéloniens en décubitus latéral.
  2. Nettoyer la zone d’injection à l’aide d’alcool ou d’un autre désinfectant.
  3. Pour éviter l’injection de fluides ou de médicaments dans les poumons et les sacs aériens, insérer l’aiguille dans le tiers caudal du cœlome chez les chéloniens et les lézards, ou le quart caudal chez les serpents. Eviter la ligne médiane chez les lézards pour ne pas lacérer la veine abdominale ventrale.
  4. Insérez l’aiguille à la jonction entre les écailles latérales et ventrales chez les serpents. Chez les chéloniens, insérez l’aiguille à l’endroit où le pli de peau s’attache au pont.
  5. .

  6. Avancez l’aiguille parallèlement à la paroi coelomique.
  7. Aspirez toujours avant d’injecter afin d’être certain que l’aiguille n’a pas pénétré l’appareil respiratoire.

Voie intraosseuse

La voie intraosseuse (IO) est typiquement utilisée pour l’administration de fluides chez les reptiles, et tout ce qui peut être injecté par voie intraveineuse peut aussi être injecté par voie intraosseuse. L’utilisation des cathéters intraosseux est la plupart du temps limité aux lézards. Le tibia proximal est utilisé le plus souvent, mais le fémur distal est un autre site possible.

Voie intraveineuse

La voie intraveineuse est la voie préférée pour l’administration des traitements chez les reptiles septiques (Mitchell 2006). Les cathéters intraveineux nécessitent souvent une scarification préalable, cependant les sites ne nécessitant pas d’incision chirurgicale sont listés ci-dessous (Encadré 3).

Encadré 3 : sites d’injection intraveineuse chez les reptiles
ChéloniensVeine jugulaire droite
LézardsVeine caudale, veine abdominale ventrale
SerpetnsVeine caudale

Voie orale

L’administration de traitements par voie orale peut être difficile chez les reptiles du fait des dents tranchantes de certaines espèces comme les grands varans et la difficulté d’ouvrir la gueule chez les chéloniens. Les recherches suggèrent également que le tractus digestif des reptiles peut être quiescent entre les repas, rendant l’administration de médicaments par voie orale d’un intérêt très incertain chez les reptiles anorexiques de grand format.

Parmi les reptiles, l’administration par voie orale est le plus souvent utilisée chez les lézards. Une méthode « facile » est de cacher les médicaments dans des aliments. Injecter les médicaments dans les proies comme les souris ou les vers de farine, ou placer des médicaments aromatisés aux fruits sur la nourriture des herbivores. Limitez la quantité distribuée afin d’assurer que toute la dose est ingérée, et surveillez de près la consommation alimentaire.

Les médicaments par voie orale peuvent aussi être administrés à la seringue ou par sondage. Certains lézards lèchent parfois simplement les médicaments aromatisés offerts dans une seringue. Une sonde d’alimentation peut aussi être utilisée tel que décrit ci-dessous.

Matériel nécessaire :

  • Objet permettant d’ouvrir la cavité buccale afin d’y insérer le speculum et/ou la sonde : par exemple, carte en plastique (comme une carte de crédit) ou film radiographique usagé. Un coton-tige et certains speculums peuvent aussi servir à ouvrir la gueule des serpents.
  • Spéculum : spatule en caoutchouc, cuillère pour enfant recouverte de caoutchouc, clamp de taille adaptée recouvert de bande ou de sparadrap, spéculum en métal pour oiseau, petit os à mâcher, trombone plastifié, corps de seringue après section de l’extrémité fermée, rouleau de sparadrap
  • Lubrifiant à base aqueuse
  • Sonde de gavage métallique à bout rond ou sonde en plastique souple

Technique

  1. Pré-mesurez la sonde du milieu de la gueule du reptile jusqu’à la localisation approximative de l’estomac.
  2. Lubrifiez la sonde avec le lubrifiant à base aqueuse ou de l’eau.
  3. Ouvrez la gueule, en prenant soin de ne pas abimer les dents ou le bec.

Option 1) Pour ouvrir manuellement la gueule chez certains lézards et serpents, tenez la mandibule avec vos doigts et appliquez une pression continue vers le bas.

Option 2) Chez certains lézards, comme les iguanes ou les dragons barbus (Pogona vitticeps), tirez doucement sur la barbe peut aussi permettre d’ouvrir la gueule (Fig. 6). Réalisez cette manœuvre délicatement car un excès de force peut causer des lésions de l’appareil hyoïde, et même déformer de manière permanente la lèvre inférieure chez les patients atteints de maladie métabolique des os (Sykes 2006).

In some individuals, the green iguana’s (Iguana iguana) dewlap can be gently pulled down to open the mouth.

Figure 6. Chez certains iguanes verts (Iguana iguana), la barbe peut être doucement tirée vers le bas pour ouvrir la gueule. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Option 3) Utilisez une carte (ou un objet similaire) et un spéculum pour ouvrir la gueule.
Attention : Malgré la force évidente de beaucoup de tortues, utilisez une technique douce plutôt qu’une force brute pour ouvrir la gueule. Les manipulations agressives peuvent causer des lésions de la colonne cervicale et des portions tranchantes (ou tomias) du bec. Si des sondages fréquents sont nécessaires chez un chélonien, placez plutôt une sonde d’oesophagostomie.

  • Identifiez la glotte à la base de la langue.
  • Dépassez la glotte, puis passer doucement la sonde jusqu’à l’estomac.

Voie cloacale

Le cloaque est capable d’une résorption extensive de fluides et autres matières, et l’administration cloacale de certains traitements comme le fenbendazole a été décrite chez les chéloniens (Innis 1995).
Malheureusement, cette même physiologie peut entrainer la survenue d’un dangereux gradient osmotique lors de l’utilisation de savon ou de sulfosuccinate de dioctyl sodium, ainsi l’usage de ces produits est à éviter chez les reptiles (Sykes 2006).

Références