Coup de chaleur chez les NAC

Points clés

  • Les coups de chaleur sont caractérisés par un dysfonctionnement neurologique associé à une hyperthermie.
  • L’anamnèse est généralement le facteur le plus utile pour diagnostiquer un coup de chaleur, cependant les propriétaires ne réalisent pas toujours quand l’environnement est trop chaud pour leur chinchilla ou que la ventilation est inadéquate pour leur lapin.
  • Toujours penser au coup de chaleur lorsque la température corporelle excède 40 à 40.6°C sans signe d’inflammation.
  • Le processus pathologique induit par la chaleur peut causer des dysfonctionnements de tous les organes majeurs de l’organisme.
  • Le traitement a pour but de diminuer la température corporelle tout en soutenant la fonction des organes avec de l’oxygène et une réanimation liquidienne.
  • N’immergez pas vos patients dans de l’eau froide ou des bains de glace, cela pourrait causer une vasoconstriction périphérique sévère, inhibant ainsi la capacité du patient à dissiper la chaleur.
  • N’abaissez pas la température de votre patient jusqu’à l’hypothermie, cela empirerait le pronostic.

Comprendre le coup de chaleur

Le coup de chaleur est la plus sévère des maladies liées à la chaleur. Lors de cette affection mortelle, le corps est incapable de dissiper la charge thermique à un taux qui s’adapterait à un niveau de chaleur excessif (Fig 1).

Le coup de chaleur est une affection mortelle

Figure 1. Le coup de chaleur est une affection mortelle. Crédit photo: Roy Maloon via Flickr Creative Commons. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Les coups de chaleur sont caractérisés par un dysfonctionnement neurologique associé à une hyperthermie (Tableau 1). Bien que les variations au sein des tissus perfusés peuvent amener à diminuer, normaliser ou augmenter la température rectale, les températures mesurées sont généralement supérieures à 40-40.6°C.

Tableau 1. Signes cliniques de l’hyperthermie
Léthargie, dépression (précoce) Faiblesse (précoce)

  • Ataxie (précoce)
  • Muqueuses hyperhémiées
  • Diminution du temps de recoloration capillaire
  • Faible perfusion périphérique, pouls faibles
  • Tachycardie sinusale compensatoire
  • Arythmies cardiaques
  • Halètement, tachypnée
  • Détresse respiratoire
  • Hypersalivation
  • Diarrhée, hématochézie, méléna
  • Pétéchies
  • Oligurie, anurie
  • Tremblements musculaires
  • Chutes
  • Perte de conscience
  • Crises convulsives
  • Coma
  • Arrêt cardio-respiratoire

Le coup de chaleur peut rapidement se développer suite à une exposition à de hautes températures ambiantes, particulièrement quand certains facteurs de risques liés à l’espèce, l’environnement ou d’autres affections (Tableau 2) sont présents.

Tableau 2. Facteurs qui augmentent le risque de coup de chaleur
IndividuTrès jeune ou très âgé
Les Chinchillas (Chinchilla laniger) sont originaires des regions montagneuses froides de l’Amérique du Sud et ne tolèrent pas bien les temperatures supérieures à 27°C.

  • Les lapins (Oryctolagus cuniculus) sont également sensibles au stress thermique, en particulier les races avec une épaisse fourrure.
  • La température des furets (Mustela putorius furo) peut également monter rapidement à cause de leur corps long et fin.
EnvironnementClimat humide
Température ambiante excédant 29°C (voir individu ci-desssus)
EntretienEnvironnement clos avec peu de ventilation

  • Installation extérieure sans zone d’ombre
    Absence d’eau
Historique médicalObesité

  • Deshydration
  • Maladie sous-jacente, stress concommitant
  • Maladie cardio-vasculaire
  • Maladie neuro-musculaire
  • Précédants de coups de chaleur

L’anamnèse est généralement le facteur le plus utile pour diagnostiquer un coup de chaleur, cependant les propriétaires ne réalisent pas toujours quand l’environnement est trop chaud ou que la ventilation est inadéquate. Pensez toujours au coup de chaleur dans votre diagnostic différentiel lorsque la température corporelle excède 40 à 40.6°C sans signe d’inflammation. Soyez sûr d’écarter toute autre urgence comme une affection du système nerveux central.

Une hypotension ou un choc peuvent se développer chez plus de 30% des patients atteints d’un coup de chaleur. La complication la plus sérieuse est un dysfonctionnement simultané de plusieurs organes (Tableau 3). Un dysfonctionnement de tous les organes majeurs peut se développer suite à la dénaturation des protéines cellulaires et de l’activité enzymatique, un shunt inapproprié du sang, une pression artérielle basse et une diminution de l’apport en oxygène, ainsi que la mise en place d’une acidose lactique. De sévères anomalies des électrolytes et du pH peuvent mener à l’œdème cérébral et la mort.

Tableau 3.Le coup de chaleur peut mener à un disfonctionnement de tous les organes majeurs.
Système affecté Possible modification pathologique
Cardiovasculaire Arythmies cardiaques

  • Hypovolémie
  • Ischémie myocardique et nécrose
Système nerveux central Lésions neurologiques

  • Hémorragie parenchymateuse
  • Oedème cérébral
Gastrointestinal Ischémie et ulcère de la muqueuse

  • Translocation bactérienne
    Endotoxémie
    Lésion pancréatique
Hepatobiliare     Nécrose hépatocellulaire
Rénal     Insuffisance rénale aigue
Hemolymphatique/
immunitaire
  • Hémoconcentration

Thrombocytopénie

  • Coagulation intra-vasculaire disséminée (CIVD)
Musculosquelettique
  • Rhabdomyolyse

Points clés de la prise en charge d’urgence

Commencer le traitement immédiatement dès qu’un coup de chaleur est suspecté. Le but des soins intensifs est de diminuer la température tout en soutenant la fonction des organes. Une grande variété de techniques peut être utilisée pour diminuer la température corporelle. La fluidothérapie en intraveineuse (IV) ou intraosseuse (IO) est une méthode commune de baisse de la temperature interne qui sert également au support de la fonction des organes (voir plus bas). Des techniques de refroidissement externe sont aussi fréquemment employées (Tableau 5).
La dialyse péritonéale, le lavement gastrique et l’administration rectale de solutés isotoniques froids ont tous été décrits chez le chien et le chat, cependant gardez à l’esprit que la muqueuse rectale du lapin est relativement fine, délicate, et plus facilement abimable.

Tableau 5. Techniques de refroidissement externe
Méthode de refroidissementDéfinitionMéthode
ConductionAugmente le gradient de temperature entre la peau et l’environnement externeAppliquer des compresses froides dans les régions axillaires, inguinales et du cou
EvaporationAugmente le gradient de pression en vapeur d’eau entre la peau et l’environnementHumidifier à l’aide d’un spray ou immerger la peau avec de l’eau tiède à 25-30°C Appliquer de l’alcool sur les oreilles, les coussinets et les régions axillaires et inguinales
ConvectionAugmente la vitesse de l’air impactant la peauVentiler l’air ambient vers le corps avec un ventilateur

Refroidissez l’animal graduellement, en contrôlant attentivement la température rectale ou œsophagienne. Arrêtez les méthodes de refroidissement dès que la température corporelle approche des 39,4°C

NE PAS…

  • Diminuer la température du patient jusqu’à l’hypothermie, ce qui assombrirait le pronostic
  • Immerger votre patient dans de l’eau froide ou des bains glacé, cela pourrait causer une vasoconstriction périphérique sévère, inhibant ainsi la capacité du patient à dissiper la chaleur.
  • Administrer d’antipyrétique en cas de coup de chaleur. Ces anti-inflammatoires non stéroïdiens sont indiqués pour la gestion des vraies fièvres.

Lorsque vous refroidissez votre patient, il est également important de soutenir la fonction des organes. Administrez de l’oxygène supplémentaire via une cage à oxygène, un masque facial ou un cathéter nasal jusqu’à ce qu’il soit admis que le patient puisse maintenir une oxygénation artérielle adéquate. Administrez des fluides en IV ou IO pour remplir le volume sanguin et corriger les déséquilibres acido-basiques et électrolytiques.

Gestion du cas

  1. Surveiller étroitement le patient. Des soins intensifs sont souvent nécessaires pendant un minimum de 24 à 48 heures. Il est crucial de diminuer le stress chez tous les petits mammifères hospitalisés, cependant cela ne dispense pas de contrôler rigoureusement la fréquence cardiaque, la pression artérielle, l’émission d’urines, et bien sûr la température corporelle. Après un épisode de coup de chaleur, la température peut rester instable pendant quelques jours. Surveiller les furets pour les signes précurseurs de gastrite concomitante comme une diminution de l’appétit ou un grincement de dents, et commencer immédiatement le traitement. Un traitement prophylactique contre la gastrite à Helicobacter devrait au moins inclure l’administration d’antihistaminiques (H2).
  2. Poursuivre le traitement de soutien. Fournir des fluides en intraveineux ou intraosseux et favoriser le repos en cage.
  3. Obtenir un minimum de données.
    • Prélever un échantillon de sang afin de réaliser un hémogramme complet, un bilan biochimique et une analyse d’urine pour identifier toute affection pathologique sous-jacente. L’analyse de sang peut également permettre d’identifier de potentielles complications comme la coagulation intraveineuse disséminée (CIVD).
    • Des radiographies thoraciques et abdominales peuvent permettre d’identifier une maladie cardiopulmonaire sous-jacente ou révéler des facteurs prédisposants.
    • Réaliser également un examen neurologique complet incluant l’état mental et la fonction des nerfs crâniens pour établir une base de départ.
  1. Commencer l’antibiothérapie large spectre si une diarrhée hémorragique se développe. Les saignements gastro-intestinaux vont prédisposer le patient à la translocation bactérienne et la croissance de pathogènes opportunistes.
  2. Administrer des agents anti-inflammatoires ? Des anti-inflammatoires non stéroïdiens comme le méloxicam (0.3 mg/kg PO q24h) sont parfois recommandés pour minimiser l’endotoxémie. Les corticostéroïdes ne se sont pas montrés efficaces et les lapins sont extrêmement sensibles à l’effet immunosuppresseur de ces molécules.
  3. Administrer des benzodiazepines au besoin. Prendre des mesures pour réduire la production de chaleur induite par les tremblements ou l’agitation (midazolam 0.25-1.0 mg/kg IM). Utiliser aussi les benzodiazépines pour gérer les crises convulsives. Utiliser le diazepam (1-2 mg/kg IV) pour traiter le status epilepticus chez le lapin.
  4. Traiter les complications : Une variété de complications peut survenir comme une insuffisance rénale aigue ou un œdème cérébral. Gérer l’œdème cérébral comme chez le chien ou le chat.

Pronostic

Le pronostic du coup de chaleur est souvent reservé à grave chez les petits mammifères, et beaucoup d’animaux atteints ne survivent pas. Le pronostic peut varier avec l’état de santé antérieur de votre patient ainsi que le degré et la durée de la contrainte thermique. Le pronostic empire aussi quand un dysfonctionnement de plusieurs organes ou une grave perturbation du système nerveux central sont notés (Tableau 6).

Tableau 6. Facteurs qui peuvent aggraver le pronostic
Extrasystoles ventriculaires
Hypoglycémie
Hypoalbuminémie
Bilirubinémie
Hypercréatininémie
Hypocholestérolémie

Prévention

Puisque le pronostic du coup de chaleur est sombre, il est preferable de prévenir que guérir. Les petits mammifères, comme le furet, le chinchilla et le lapin, devraient être hébergés dans des locaux bien ventilés à une température idéale comprise entre 18 et 25°C. Une quantité suffisante d’eau fraiche doit toujours être disponible. Fournir suffisament d’ombre aux lapins vivant en clapier.
Prévenez les propriétaires qu’un épisode de coup de chaleur peut prédisposer leur animal à de futurs problèmes avec le stress thermique.

Références