Intoxication aux métaux lourds chez les oiseaux

Points clés

  • Les intoxications aux métaux lourds surviennent généralement chez les oiseaux suite à l’ingestion de substances contenant du plomb ou du zinc.
  • Le plomb qui est ingéré peut être absorbé par le tractus gastro-intestinal puis être absorbé par les tissus mous et éventuellement les os.
  • Le plomb affecte la plupart des organes et peut causer des lésions du tractus gastro-intestinal, des globules rouges, des reins et du foie.
  • Les signes cliniques d’une intoxication aux métaux lourds peuvent inclure des signes non spécifiques, des symptômes gastro-intestinaux, des anomalies du tractus urinaire et des déficiences neurologiques.
  • Le diagnostic ante mortem d’intoxication aux métaux lourds repose sur le dosage des concentrations sanguines en plomb et en zinc. Dans CERTAINS CAS uniquement, le métal ingéré sera également visible sur les radiographies d’exploration.
  • Evacuez les métaux lourds des tissus de l’oiseau avec un chélateur comme le calcium EDTA.
  • Les morceaux de métaux lourds peuvent également être retirés du tractus digestif par endoscopie, par chirurgie ou par lavement gastrique.

Introduction

L’intoxication aux métaux lourds chez les oiseaux survient le plus souvent suite à l’ingestion de substances contenant du plomb, ou moins fréquemment du zinc. Une toxicité aigüe aux métaux lourds est occasionnellement observée chez les perroquets de compagnie qui ingèrent ou mâchent des objets contenant du métal à cause de leur tempérament curieux et leur tendance naturelle à gratter avec le bec. Les intoxications chroniques affectent généralement les oiseaux sauvages en liberté comme les canards, les oies, les cygnes et les plongeons (Fig 1). L’intoxication aux métaux est observée le plus fréquemment durant les migrations chez les oiseaux sauvages, à la fin de l’automne et au début du printemps. Dans les zones fortement contaminées, une toxicité peut être observée à n’importe quel moment de l’année. L’intoxication aux métaux lourds peut aussi occasionnellement survenir chez les oiseaux gibiers comme la tourterelle triste (Zenaida macroura), le dindon sauvage (Meleagris gallopavo), le faisan et la caille. Des cas d’intoxication aux métaux ont également été rapportés chez les petits mammifères comme le raton laveur (Procyon lotor), et les rapaces, probablement suite à l’ingestion d’une proie contaminée.

Les oiseaux aquatiques comme ces canards colverts peuvent être exposés aux métaux via l’ingestion de grenaille de plomb, de fragments de balles, et des plombs de pèche

Figure 1. Les oiseaux aquatiques comme ces canards colverts peuvent être exposés aux métaux via l’ingestion de grenaille de plomb, de fragments de balles, et des plombs de pèche. Crédit photo : nature80020 via Flickr Creative Commons. Cliquez sur l’image pour agrandir.

Plomb

Le plomb est relativament peu soluble. Après l’ingestion, de petites quantités sont absorbées par le tractus gastro-intestinal et libérés dans la circulation sanguine. La présence de grit dans le ventricule ou le gésier augmente l’absorption du plomb, qui est d’abord capté par les tissus mous, puis éventuellement les os.

Le plomb cause des lésions de l’endothélium tout en inhibant les enzymes nécessaires au métabolisme cellulaire. Les conséquences pathologiques peuvent inclure :

  • Une nécrose épithéliale dans le système gastro-intestinal
  • Une augmentation de la fragilité des érythrocytes
  • Une suppression de la moelle osseuse menant à l’inhibition de la production et de la fonction des érythrocytes
  • Des lésions des capillaires dans l’encéphale, entraînant un œdème cérébral

Le plomb peut être retrouvé dans de nombreux éléments ménagers (voir Tableau 1):

Tableau 1. Sources de plomb
  • Peinture au plomb (en particulier dans les maisons anciennes)
  • Cages métalliques anciennes ou importées
  • Composés de plâtre et de calfeutrage, matériaux de toiture
  • Batteries
  • Soudure
  • Tringles
  • Poids de pêche, hameçons
  • Grenaille
  • Vitraux
  • Lustres
  • Papier des bouteilles de champagne
  • Linoléum
  • Céramique avec défaut de glaçage
  • Balles de golf

Bien que la grenaille de plomb a été interdite pour la chasse des oiseaux aquatiques aux Etats-Unis, de la grenaille usagée est toujours présente dans les cours d’eau. L’ingestion de une à trois grenailles de plomb a été rapporté comme étant mortel chez les oiseaux aquatiques (Beasley, 1999).

Signes cliniques d’intoxication au plomb

Les oiseaux peuvent présenter une variété de signes cliniques, selon l’importance de l’exposition au toxique. Dans les cas d’exposition courte, les oiseaux présentent typiquement des signes cliniques non spécifiques ainsi que des symptômes gastro-intestinaux, urinaires et/ou neurologiques (Tableau 2).

Tableau 2. Signes d’intoxication aigue au plomb chez les oiseaux
Signes généraux Faiblesse ou abattement, pâleur et anorexie
Signes gastro-intestinaux Anorexie, stase du jabot, vomissement ou régurgitation, biliverdinurie et diarrhée (i.e. selles molles, sombres ou noires)
Signes urinaires Hématurie ou hémoglobinurie, en particulier chez l’Amazone (Amazona spp.)
Signes neurologiques Tremblements, marches en cercle, convulsions et/ou cécité

L’exposition chronique au toxique peut être associée à tous les signes mentionnés ci-dessus, ainsi qu’à une perte de poids progressive.

Diagnostic de l’intoxication au plomb

  • Un historique d’exposition au plomb doit significativement augmenter l’indice de suspicion.
  • Si une intoxication au plomb est suspectée, réalisez une numération formule sanguine ou à minima un hématocrite. Une anémie légère à modérée peut être rapportée, cependant les ponctuations basophiles sont extrêmement rares chez les oiseaux (Tableau 3).
    Tableau 3. Eléments de diagnostic d’une intoxication au plomb
    Historique d’exposition Anémie discrète à modérée
    Hématologie Anémie discrète à modérée (ponctuations basophiles rares)
    Radiographies Densité métallique
    Dosage sang total Plomb > 0.2 ppm
  • Des radiographies d’exploration sont également recommandées car dans CERTAINS CAS elles pourront révéler une discrète densité métallique dans le tractus digestif (Fig 2). Dans une étude réalisés chez des canards colverts (Anas platyrhynchos) ayant été visés avec du plomb, seulement 1.2% d’entre eux avaient un grain de plomb dans leur ventricule à l’autopsie (Rodriguez 2010).

    Densité métallique dans le ventricule

    Figure 2. Densité métallique dans le ventricule. Image fournie par Dr. Greg Rich. Cliquez sur l’image pour agrandir.

  • Prélevez du sang total sur tube hépariné pour doser le taux de plomb. En présence de signes cliniques, un taux sanguin supérieur à 0.2 ppm est en faveur d’une intoxication au plomb. Bien qu’un appareil portable de mesure soit disponible à l’achat, le moyen le plus direct pour un test de métaux lourds en laboratoire est d’envoyer l’échantillon à
  • L’inhibition de l’enzyme δ-aminolevulinic acid dehydratase (ALAD) survient également suite à la toxicité du plomb et les taux d’ALAD peuvent être mesurés. Les taux d’aminolevulinic acid dehydratase ont premièrement été décrits dans des études sur la faune sauvage; l’ALAD n’est en pratique pas dosée chez les oiseaux de compagnie.
  • Les anomalies généralement rapportées à l’autopsie chez les oiseaux sauvages incluent une vésicule biliaire de taille augmentée, un proventricule impacté, et un tissu ventriculaire fissuré et délabré, avec ou sans morceau de plomb présent. Prélevez le foie et les reins pour mesurer les taux tissulaires en plomb.

Traitement de l’intoxication au plomb

Le traitement des intoxications aux métaux lourds a trois objectifs:

  • Stabiliser le patient en apportant des soins de soutien comme de la chaleur supplémentaire, des fluides pour prévenir la deshydratation et des médicaments pour traiter les  tremblements ou convulsions.
  • Evacuer les métaux lourds des tissus avec un agent de liaison ou de chélation :
    • Calcium EDTA (Calcium disodium versenate, 3M Pharmaceuticals) 30-35 mg/kg IM BID x 5 jours
    • Acide dimercaptosuccinique (DMSA ou Succimer) 25 mg/kg PO SID x 10 jours. Une étude a évalué les agents chélateurs chez les callopsites. Comme le DMSA est administré oralement, il peut être plus facile d’utilisation à la maison pour les propriétaires d’oiseaux que les autres chélateurs, cependant, le DMSA a une marge de sécurité étroite et doit être utilisé avec précaution (Denver 2000).
    • D-Penicillamine (Cuprimine, Merck) 30 mg/kg PO BID x 7 jours minimum

    Le traitement chélateur peut ne pas être nécessaire dans les cas où une exérèse totale de la source de plomb est réalisée. Quand le traitement chélateur est démarré, contrôlez les paramètres rénaux durant la thérapie (Richardson 2006).

  • Si une source de métaux lourds est identifiée à la radiographie, le retrait du plomb du tractus gastro-intestinal via endoscopie, chirurgie, ou lavement gastrique peut aussi être indiqué. Les lubrifiants comme l’huile minérale ou l’huile de maïs, les purgatifs (i.e. sulfate de magnésium), ou d’autres agents comme le beurre de cacahuète, les graines de psyllium ou les produits à base de cellulose peuvent également être utilisés pour évacuer les métaux lourds du tractus digestif.

Le retrait des particules constituées partiellement de fer en utilisant une sonde à gavage chargée d’aimants en alliage de neodymium-ferro-borium a également été décrit.

Prévention de l’intoxication au plomb

Nos perroquets domestiques étant curieux par nature, il peut être difficile d’éviter les mâchonnements et l’ingestion d’objets indésirables. Les oiseaux domestiques doivent toujours être surveillés lorsqu’ils sont en dehors de leur cage, et les propriétaires doivent aussi retirer toutes les sources connues de métaux lourds ou limiter l’exposition aux zones avec des métaux lourds (Tableau 1).

Le contrôle des zones à problèmes pour la faune sauvage consiste à labourer pour diminuer l’accès des oiseaux à de la grenaille. L’utilisation de métaux non toxiques ou de bismuth pour la chasse à l’oiseau aquatique est maintenant requise aux Etats-Unis. Le passage du plomb à des balles non toxiques a réduit le nombre d’oiseaux morts d’intoxication au plomb en Amérique. Les Etats-Unis et le Canada réfléchissent également à l’interdiction des plombs de pêche.

Zinc

Le zinc est un oligo-élément métallique ou minéral essentiel à la santé. Le zinc est impliqué dans la réplication et le développement du cartilage et des os (McDonald 2006). Les premiers organes atteints en cas d’intoxication au zinc sont les reins et le pancréas.

Sources de zinc

La toxicité du zinc survient généralement suite à l’ingestion de fils revêtus de zinc ou de corps étrangers métalliques comme les centimes frappés après 1983 (Tableau 4). Un centime contient approximativement 2440 mg de zinc élémentaire (Richardson 2006).

Tableau 4. Sources de zinc
  • Cables et fils galvanisés
  • Certains revêtements de cage (poudre)
  • Rondelles, écrous et boulons
  • Emboîtages élastiques, cadenas, certains jouets
  • Centimes produits après 1983
  • Crème ou pommade à base d’oxyde de zinc

Les fils galvanisés sont une autre source fréquente d’intoxication au zinc des perroquets, en particulier les cables importés à bas prix. Les oiseaux de volière sont souvent gardés dans des cages d’acier galvanisé. Les revêtements galvanisés peuvent contenir jusqu’à 99.9% de zinc, cependant les fils galvanisés peuvent aussi contenir du plomb (Platt 2006). Les récipients galvanisés ne doivent jamais être utilisés car le zinc peut se dissoudre dans l’eau.

Le revêtement par poudre sert de couche protectrice pour les cages. Les formules varient en fonction des fabricants, la plupart ne contenant pas de zinc, mais quelques revêtements par poudre importés utilisent le zinc pour accélérer la mise en place du recouvrement (Richardson 2006).

Le zinc peut également provenir de grenaille de fer galvanisée laissée dans l’environnement. Les oiseaux aquatiques peuvent ainsi ingérer de la végétation ou des sédiments contaminée par le zinc (Platt 2006).

Un certain nombre de sites internet rapportent que l’adhésif contenu dans les serviettes en papier et les rouleaux de papier toilette contiennent une quantité significative de zinc, cependant il s’agit plus d’une légende urbaine que de faits réels.

Une fois, alors que nous avions jeté un coup d’œil aux teneurs actuelles en zinc de la colle contenue dans ces rouleaux de papier, et que nous avions ensuite “rassemblé” les besoins nutritionnels en zinc des poules, en supposant que les besoins d’un perroquet sont similaires, nous avons pu montrer que si un perroquet ne mange exclusivement que du papier toilette contenant cette colle à base de zinc, il n’y aurait pas suffisamment de zinc pour couvrir les besoins nutritionnels de l’oiseau et qu’il y aurait besoin d’une complémentation. (Speer 2010, Veterinary Information Network)

Signes cliniques de l’intoxication au zinc

Comme l’intoxication au plomb, les signes d’intoxication au zinc peuvent être vagues et non-spécifiques, mais ces signes cliniques sont souvent associés à une maladie de l’appareil gastro-intestinal, du pancréas, des reins et/ou du système nerveux central (Tableau 5).

Tableau 5. Signes cliniques de l’intoxication au zinc
  • Léthargie
  • Stase du jabot, régurgitation
  • Diarrhée verte ou jaune
  • Perte de poids
  • Convulsions
  • Parésie
  • Polyurie/polydipsie
  • Perte de plumes ? Picage ?

Bien que cela soit un peu controversé et que les cas sont anecdotiques, l’intoxication au zinc a également été associée à une perte de plumes « extrême » et un comportement de picage.

Diagnostic d’une intoxication au zinc

Les données minimales sur la toxicité du zinc sont relativement banales. Une anémie régénérative discrète à modérée due à la perte d’érythrocytes a été décrite (Tableau 6). Puisque la toxicité du zinc découle classiquement d’une exposition chronique à une fine poudre de métal, une densité métallique est rarement observée sur les radiographies d’exploration.

Tableau 6. Eléments de diagnostic d’intoxication au zinc
Hématologie Anémie discrète à modérée
Dosage sang total Zinc > 2 ppm

La teneur normale du sang en zinc est rarement connue pour la plupart des espèces. De plus, dans une étude s’intéressant à la toxicité du zinc induite chez des callopsittes, les taux sanguins en cuivre étaient trop disparates pour servir de prédicteur diagnostique (Howard 1992). Une grande partie de cette incertitude provient du fait que le zinc est un oligo-élément essentiel.

Une homéostasie normale permet de réguler les taux en zinc, basée sur les variations du contenu gastro-intestinal, la biodisponibilité et les besoins nutritionnels individuels. Des variations diurnes significatives des valeurs en zinc ont également été documentées chez 15 psittacidés adultes (Rosenthal 2005).

Néanmoins, en la présence de signes cliniques, des taux de zinc sanguine supérieurs à 200 µg/dl (ou 2 ppm) sont évocateurs d’intoxication. Prélevez du sang total sur tube hépariné pour doser les taux en zinc. Faites attention à la manière dont l’échantillon est fermé et conservé pour éviter les contaminations.

  • Bien que ce soient généralement les tubes microtainers qui sont utilisés pour les oiseaux domestiques, rappelez-vous que les bouchons en caoutchouc dans les tubes rouges contiennent du zinc. La pésence de caoutchouc peut augmenter de façon artéfactuelle le niveau de zinc.
  • Les tubes « royal blue-topped » sont une bonne alternative pour les tests du zinc et des autres métaux.

Le pancreas est le tissue de choix pour l’analyse post-mortem du zinc (Tableau 7). Des échantillons du foie et des reins peuvent aussi être prélevés pour mesurer les taux tissulaires en zinc.

Tableau 7. Taux de zinc dans le tissue pancréatique chez les callopsittes (Dumonceaux 1994)
Normal 26.11 μg/gram (poids sec)
Toxique 312.4-2418 μg/gram

D’importantes lésions pathologiques sont observées lors d’intoxication au zinc : iléus, dégénérescence focale mononuclée du foie, des reins et du pancréas (LaBonde 1995). Une pancréatite nécrosante et une ventriculite érosive sont d’autres manifestations communes. Histologiquement, la membrane du ventricule est rompue et on observe des ulcérations de la muqueuse sous-jacente et une dysplasie des glandes ventriculaires.

Traitement de l’intoxication au zinc

Les objectifs du traitement sont les mêmes que ceux des métaux lourds. La différence la plus importante est que le zinc n’est pas stocké dans les os, ainsi les taux sanguin et tissulaires s’équilibrent plus vite. Cela veut dire que la réponse au traitement chélateur est aussi plus rapide (LaBonde 1995).

Prévention de l’intoxication au zinc

Frotter les barreaux de toute nouvelle cage galvanisée avec une solution légèrement acide comme du vinaigre, puis rincer abondamment, peut en diminuer la charge en zinc.

Cuivre

L’intoxication au cuivre est rare chez les oiseaux. Les sources de cuivre sont les câbles, les pièces frappées avant 1982, le sulfate de cuivre, les peintures anti-salissures et éventuellement des munitions cuivrées (Christian Franson 2011). Les plans d’eau métallifères acides sont une importante source d’intoxication aigue au cuivre chez les oiseaux aquatiques.

Les signes cliniques d’une intoxication au cuivre incluent l’abattement, la faiblesse, l’anémie, les convulsions et le coma. Une décoloration noire du parenchyme est un important signe évocateur. Les lésions histopathologiques les plus fréquemment rencontrées sont une nécrose du proventricule et du ventricule, une hémorragie et/ou congestion ventriculaire, une érosion et ou ulcération de la membrane ventriculaire et une hémorragie duodénale (Isanhart 2011).

Comme le zinc, d’importantes variations diurnes dans les taux sanguins en cuivre ont été décrites (Rosenthal 2005).

Fer

L’intoxication au fer chez les perroquets de compagnie peut résulter d’une exposition à des gamelles en fonte dont la couche protectrice est ébréchée. Les signes non-spécifiques prédominent dans le tableau clinique, comme la léthargie, l’émaciation et l’anorexie. Le traitement de choix est la deferoxamine chez les mammifères, mais le calcium EDTA fonctionne bien également (LaBonde 1995).

Pour plus d’information sur la surcharge en fer, voir Iron Storage Disease in Birds.

Réferences