Le comportement explorateur fascinant du perroquet et l’enrichissement de son environnement

Points clés

  • La recherche de nourriture représente une part importante du budget-temps quotidien d’un perroquet sauvage.
  • Les perroquets vivant en captivité sont aussi intéressés par la recherche de nourriture.
  • Retirer la possibilité de rechercher sa nourriture peut être préjudiciable à un perroquet.
  • Enrichir le milieu en éléments de recherche de nourriture offre de nombreux avantages.
  • Les possibilités d’enrichissement en éléments de recherche de nourriture sont infinies mais peuvent varier dans leur effet.

Adapté de van Zeeland YRA, Schoemaker NJ, Ravesteijn MM, et al. Efficacy of foraging enrichments to increase foraging time in Grey parrots (Psittacus erithacus erithacus). Applied Animal Behaviour Science 149:87-102, 2013.

Chercher de la nourriture représente une part importante de la journée d’un perroquet sauvage.

Chercher de la nourriture représente l’action de chercher et de trouver de la nourriture. Dans la nature, la plupart des animaux, y compris les psittacidés, passent une partie importante de leur activité quotidienne à la recherche de nourriture. En fait, de nombreux perroquets en liberté voyagent régulièrement plusieurs kilomètres entre différents sites d’alimentation en quête de leur nourriture (Symes 2003, Wirminghaus 2001, Gilardi 1998, Snyder, 1987). Une fois arrivés sur un site d’alimentation, les perroquets manifestent une grande variété de comportements : la recherche, la sélection, l’obtention, la manipulation, ainsi que la consommation d’aliments (Snyder, 1987). Chercher de la nourriture représente une part importante de la journée de l’oiseau sauvage (figure 1). Selon les espèces et la saison, le temps investi sur ces comportements peut varier de 40% à 75% de la journée, soit environ 4 à 8 heures par jour (Renton 2001, Sydner 1987, Magrath 1985).

Les psittacidés en liberté passent une partie importante de leur journée en quête de nourriture

Figure 1. Les psittacidés en liberté passent une partie importante de leur journée en quête de nourriture. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Les perroquets vivant en cage sont amenés à se suralimenter

La plupart des perroquets maintenus en captivité devraient être considérés comme des espèces non domestiques (issue de la première ou de la deuxième génération captive de l’animal). Par conséquent, les instincts, les comportements et les besoins des perroquets captifs sont probablement similaires à celles de leurs congénères sauvages (Davis, 1998, Graham, 1998). Par conséquent, Il est donc probable que les perroquets captifs aient besoin d’explorer leur environnement afin de se procurer leur nourriture.

Des études antérieures ont fourni des preuves que la recherche de nourriture était un besoin comportemental en démontrant que les perroquets sont incités à chercher pour leur nourriture (Joseph 2010, van Zeeland 2009comportement est également connu comme le phénomène de la préférence pour une nourriture gratuite ou « contrafreeloading » en anglais (Vidéo 1).

Vidéo 1. Voir cet exemple de contrafreeloading chez les psittacidés (1:01). Note: Cette vidéo est la propriété du Dr Yvonne RA van Zeeland, Division de médecine zoologique, Faculté de médecine vétérinaire, Université d’Utrecht, Pays-Bas et, et ne peut pas être téléchargée ou utilisée sans autorisation.

Limiter le comportement de foraging est nuisible pour le perroquet captif.

Dans l’environnement classique d’un perroquet en captivité, la nourriture, souvent offerte dans un bol, est donc facilement accessible et rapidement consommée par l’animal. On constate ainsi une diminution significative du temps de recherche de la nourriture, évaluée à moins d’une heure par jour (Oviatt et Millam 1997; Rozek et al 2010; van Zeeland 2013). Cela réduit cette activité naturelle de recherche de la nourriture, nécesssaire à la bonne santé du perroquet. Par conséquent, des comportements répétitifs anormaux peuvent survenir, notamment des stéréotypies verbales, comme la mastication de fil, des mouvements de la langue ou un picage comportemental (figure 2) (Lumeij 2008, Meehan 2004, Meehan 2003, Huber-Eicher 1998).

Des stéréotypies comme le picage comportemental, peut se développer chez les psittacidés captifs qui sont incapables d’accomplir leur recherche de nourriture

Figure 2. Des stéréotypies comme le picage comportemental, peut se développer chez les psittacidés captifs qui sont incapables d’accomplir leur recherche de nourriture. Crédit photo: Dr Yvonne R.A. van Zeeland. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Les bénéfices de l’enrichissement de l’environnement du perroquet

L’enrichissement de l’environnement pour augmenter l’activité de « foraging » est considéré comme l’une des stratégies les plus efficaces pour améliorer le bien-être et réduire les problèmes de comportement chez les animaux en captivité, y compris les perroquets (Dixon 2010, Lumeij 2008, Miller 2005, Meehan 2004, Meehan 2003, Elson 2001, Coulton 1997, van Hoek 1997). Chercher de la nourriture augmente l’activité physique, fournit une stimulation cognitive, diminue le stress, la frustration, l’ennui. Cela permet de réduire et de prévenir les comportements agressifs et les stéréotypies (encadré 1) (Brinch-Riber 2008, Vargas-Ashby 2007, Aerni 2000).

Encadré 1. Les activités de recherche de nourriture (Brinch-Riber 2008, Vargas-Ashby 2007, Aerni 2000)
  • Augmente l’activité
  • Fournit une stimulation cognitive et les activités de manipulation de la nourriture
  • Atténue le stress, la frustration, l’ennui
  • Réduit et empêche l’agressivité et les comportements répétitifs anormaux y compris les stéréotypies

Les régimes alimentaires sont très divers mais leurs effets peuvent être variables.

Plusieurs approches ont été développées dans une grande variété d’espèces (allant des vertébérés aux reptiles) pour stimuler le comportement alimentaire et augmenter le temps consacré au foraging (van Krimpen 2009, 2000 Aerni, Bauck 1998, Newberry 1995):

  • Différents bols pour offrir des repas plus petits et plus fréquents dans de multiples endroits
  • Les aliments mélangés avec des produits non comestibles
  • Augmenter le temps d’alimentation en offrant des végétaux, des morceaux d’os, de glace, des produits alimentaires non préparés, des carcasses, etc.
  • Dispositifs pour foraging (« mangeoires- puzzle »)
  • Eparpiller ou cacher la nourriture dans l’enceinte de la cage
  • Fournir une proie vivante (chez les animaux prédateurs)
  • Augmenter les fibres alimentaires (pour favoriser la satiété)
  • Nourrir à intervalles de temps irréguliers pour diminuer la prévisibilité des temps d’alimentation

De nombreuses études ont donc établi l’efficacité des facteurs d’enrichissement environnemental et leurs impacts sur les comportements normaux et anormaux de diverses espèces. Cependant, la multitude d’enrichissements proposés n’a pas permis d’évaluer l’efficacité de chaque technique.

A la recherche d’une méthode d’enrichissement optimale

Dans notre étude, les techniques d’enrichissement suivantes ont été évaluées chez 12 perroquets gris (Psittacus erithacus) (van Zeeland 2013):

  • L’augmentation de la distribution spatiale de la nourriture dans la cage: des extrudés ont été placés dans quatre bols alimentaires plutôt qu’à un emplacement. Deux bols ont été accrochés au niveau le plus haut du perchoir et deux ont été placés au niveau du sol sur des extrémités opposées de la cage.
  • Augmenter le temps de recherche en mélangeant la nourriture avec des objets non comestibles: Les aliments offerts aux perroquets gris ont été mélangés avec des billes mesurant 1,5 cm de diamètre.
  • Augmenter le temps d’extraction: les jouets de foraging ou les casse-tête ont tendance à stimuler l’animal, en particulier lorsqu’ils contiennent l’alimentation quotidienne (Lumeij 2008, Shyne 2006, Bauck 1998, Coulton 1997). Huit dispositifs différents ont été évalués.
  • Augmenter le temps nécessaire pour transformr et ingérer les aliments. Les Nutri-Berries de la Société Lafeber ont été offerts pour servie de particules alimentaires de grande taille. Ce mélange nutritionnellement équilibré de graines, de céréales, de noix et de pellets a été fabriqué pour avoir la forme d’une baie de 2,5 cm de diamètre (figure 3).

    Les Nutri-Berries de la Société Lafeber ont été offerts pour servie de particules alimentaires de grande taille

    Figure 3. Les Nutri-Berries de la Société Lafeber ont été offerts pour servie de particules alimentaires de grande taille. Crédit photo: Drs. Nico Schoemaker et Yvonne R.A. van Zeeland. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Après un temps d’adaptation et une évaluation du comportement de foraging, différents types d’enrichissements ont été présentés aléatoirement. Les enrichissements ont été progressivement introduits et des enregistrements vidéo ont été utilisés pour analyser les temps totaux de recherche de la nourriture ainsi que le temps consacré à différentes activités de recherche de la nourriture. La fréquence et la durée des périodes ainsi que les moments où ils se sont produits ont été également déterminés.

En outre, les courbes d’apprentissage et de familiarisation avec les éléments d’enrichissement ont été évaluées sur une période d’une semaine. Les différences dans les courbes d’apprentissage étaient probablement dues à des différences dans le niveau de difficulté des enrichissements. Les perroquets apprenaient à utiliser les enrichissements pour la recherche de nourriture en 8,3 +/- 1,1 jours. Pour des « mangeoires- puzzle » d’alimentation, il leur a fallu beaucoup plus de temps. Durant cette étude, les perroquets avaient besoin de peu ou pas de temps pour apprendre à utiliser les Nutri-Berries; ils n’avaient pas besoin d’apprendre où la nourriture était située et aucun effort supplémentaire n’a été nécessaire pour obtenir de la nourriture.

De quelle manière les enrichissements peuvent augmenter les temps de recherche de nourriture?

Notre étude a évalué les effets de différents types d’enrichissement sur le temps et les activités consacrés à la recherche de nourriture chez le perroquet gris (encadré 2) (van Zeeland 2013).

Encadré 2. Hypothèse (van Zeeland 2013)
Bien que tous les types d’enrichissement de nourriture induiraient une augmentation significative du temps consacré à la recherche de nourriture par rapport aux valeurs de base, les « mangeoires- puzzle » entraîneraient les plus fortes hausses en période de recherche de nourriture.

Les perroquets dans notre étude ont passé, en moyenne 47 + 18 min par jour, à la recherche de nourriture lorsqu’une alimentation conventionnelle de types granulés est présentée dans un bol classique. Ces valeurs de base sont similaires à ceux rapportés chez les perroquets Amazon (Rozek 2010, Oviatt 1997).
Les enrichissements de foraging pourraient en effet augmenter les temps de recherche de nourriture. Neuf enrichissements de foraging sur 11 ont augmenté considérablement les temps de recherche de nourriture chez les perroquets gris étudiés.

  • Les enrichissements les plus efficaces ont entraîné une augmentation de 2 à 2,5 fois par rapport à la valeur initiale. Les enrichissements les plus efficaces étaient trois différentes « mangeoires- puzzle » qui ont augmenté le temps de nourissage jusqu’à 123 + 52 min (figure 4 et figure 5).
  • L’effet de Nutri-Berries était comparable à la « mangeoire- puzzle » la plus efficace, conduisant à un temps de recherche de nourriture qui a dépassé 100 minutes par jour. Cette augmentation dans le temps de recherche de nourriture était similaire, mais moindre que celle constatée lors l’alimentation avec des pellets de plus grande taille (Rozek 2010). Comme les deux produits alimentaires avaient une taille similaire (environ 2,5 cm de diamètre), d’autres facteurs tels que la dureté, la structure, la composition nutritionnelle, et / ou le contenu énergétique peuvent avoir contribuer à cette différence.
  • Les enrichissements de foraging les moins efficaces étaient deux dispositifs et le placement de la nourriture dans des endroits multiples. Cette dernière technique s’est montrée plus efficace chez les perroquets logés dans un grand enclos ou une volière (Elson 2001, Coulton 1997, van Hoek 1997). Les résultats de notre étude semblent confirmer cette constatation (van Zeeland 2013).
Capsule acrylique transparente où la nourriture peut être placée

Figure 4. Capsule acrylique transparente où la nourriture peut être placée. Le perroquet doit tirer vers le bas la plate-forme afin d’obtenir des boulettes qui tombent dans le compartiment inférieur, ensuite accessibles via des trous sur les côtés. Crédit photo: Systèmes butineuses Creative, publié avec la permission.

Boîte acrylique transparent où la nourriture peut être placée

Figure 5. Boîte acrylique transparent où la nourriture peut être placée. Pour voir la nourriture, l’oiseau doit déchiqueter le carton. Crédit photo: Systèmes butineuses Creative, publié avec la permission. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Perspectives pour l’avenir

Les résultats de cette étude (van Zeeland 2013) permettront de prendre des décisions sur la meilleure façon de fournir des dispositifs d’enrichissement chez le perroquet gris. Les « mangeoires-puzzle » prolongeant le temps d’extraction de la nourriture et les Nutri-Berries augmentant le temps de transformation de particules alimentaires de grande taille semblent être les plus efficaces pour augmenter le temps de recherche de nourriture.

Jusqu’à présent, les temps maximaux de foraging ont été obtenus chez des perroquets captifs n’ont pas dépassé trois heures par jour (ROZEK 2010, Lumeij 2008, Elson 2001). Pour augmenter ce temps de foraging chez les perroquets captifs, de nouveaux axes de recherche sur des dispositifs de foraging devront être développés. L’identification de préférences pour des couleurs spécifiques, des tailles, une dureté et / ou de la structure (comme l’ont démontré les études par Rozek 2011 , Webb 2010, Kim 2009, Fox 2007) sont nécessaires. Etant donné que les préférences peuvent différer entre les sexes, les âges, et / ou les espèces, celles-ci doivent encore être étudiées pour être en mesure d’adapter l’enrichissement aux besoins et aux préférences de l’oiseau.

Page de garde de la thèse par le Dr Yvonne RA van Zeeland

Figure 6. Page de garde de la thèse par le Dr Yvonne RA van Zeeland. Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Pour en savoir plus
van Zeeland YRA. La plume endommager perroquet gris: une analyse de son comportement et les besoins [thèse]. University Hall, Domplein 29, Utrecht: Université d’Utrecht; 2013.
La thèse de M. van Zeeland peut être téléchargé gratuitement à la bibliothèque de dspace ou contactez le Dr van Zeeland pour commander un exemplaire imprimé, qui comprend une enveloppe spéciale avec une image lenticulaire d’un perroquet gris qui soit a ses plumes plumé ou est normalement à plumes (Fig 6).

Références