Pose d’une Sonde d’Œsophagostomie chez les Oiseaux

Introduction

La pose d’une sonde d’alimentation entérale est une technique reconnue pour l’administration de soins de support. La sonde d’œsophagostomie est une voie facile à installer, généralement bien tolérée par les patients et ayant fait ses preuves. Chez les patients aviaires présentés en clinique, la pose de sonde d’œsophagostomie a été décrite chez les perroquets, les rapaces et les autruches (Fig 1)(Huynh et al 2014, Aguilar et al 2012, Wynne and Stringfield 2007, Bowles et al 2006, Bennett and Harrison 1994, Honnas et al1992).

Feeding a falcon via esophagostomy tube

Figura 1. Alimentation d’un faucon via une sonde d’œsophagostomie. Crédit photographique : Dr. Neil ForbesCliquer sur l’image pour l’agrandir.

Indications

La pose d’une sonde d’œsophagostomie est indiquée dans les cas de trauma du bec ou de maladies graves, ainsi que lors d’atteinte de la cavité orale ou de l’œsophage proximal, telles que les abcès et les processus néoplasiques. Les sondes d’ œsophagostomie peuvent également être utilisées pour éviter d’utiliser le jabot, dans les cas de trauma sévère du jabot tels que les brûlures, les lacérations du jabot ou un dysfonctionnement du jabot réfractaire aux traitements. (Fig 2) (Aguilar et al 2012, Wynne and Stringfield 2007, Harris 2001). Les sondes d’œsophagostomie peuvent également se révéler utiles lors des soins postopératoires suite à une proventriculotomie (Huynh et al 2014).

Severe crop burn injury is one potential reason for esophagostomy tube placement in birds

Figura 2. Une brûlure sévère du jabot est l’une des raisons motivant à poser une sonde d’ œsophagostomie chez les oiseaux. Crédit photographique: Don Harris Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Contre-indications

Les sondes d’œsophagostomie ne sont pas recommandées chez les individus présentant des vomissements ou des régurgitations ni chez les patients atteints de maladie respiratoire.

Complications potentielles

Les complications potentielles associées au patient suite à la pose d’une sonde d’œsophagostomie incluent un épisode d’aspiration secondaire au positionnement de la sonde ou à sa migration dans les voies respiratoires, des lésions aux structures cervicales vasculaires ou nerveuses, une cellulite ou une infection au site d’insertion de la sonde, une irritation et un reflux œsophagien ainsi qu’un déplacement de la sonde au cours de vomissements ou de régurgitations (Table 1).(Eirmann et Michel 2015, Huynh et al 2014). La sonde peut également être anormalement positionnée dans les tissus mous entourant l’œsophage (Huynh et al 2014) ou peut causer un trauma voire même une perforation du proventricule suite à la pose d’une sonde excessivement longue. Les complications mécaniques potentielles suite à la pose d’une sonde d’œsophagostomie incluent une migration de la sonde, une obstruction de la sonde ou un entravement du tube (Table 1). (Eirmann et Michel 2015).

Table 1. Complications associée à la pose d’une sonde d’œsophagostomie (Eirmann 2015, Huynh 2014)
Liée au patient Mécanique
  • Aspiration associé à la position de la sonde ou à sa migration dans les voies respiratoires
  • Mauvais positionnement de la sonde dans l’adventice péri-œsophagien
  • Lésion des nerfs ou des vaisseaux cervicaux
  • Infection cutanée ou cellulite au site d’insertion
  • Irritation et reflux œsophagiens
  • Délogement au cours de vomissements ou régurgitations
  • Migration de la sonde
  • Obstruction ou entravement de la sonde
  • Plicature de la sonde

Des radiographies de contrôle peuvent être réalisées suite à la pose de la sonde afin de vérifier son bon positionnement. L’efficacité de différentes solutions pour dissoudre des sondes d’alimentation obstruées a été comparées et les résultats montrent qu’une solution contenant ¼ de cuillère à café (1.25 ml) d’enzyme pancréatique et 325 mg de bicarbonate de sodium dans 5 ml d’eau chaude était la plus efficace (Parker y Freeman 2013).

Dans une étude de 18 oiseaux de fauconnerie, la pose de la sonde d’œsophagostomie était généralement bien tolérée (Huynh et al 2014). Les complications incluaient un retrait imprévu de la sonde par le patient, un mauvais positionnement du tube (dans le jabot) et des régurgitations chez deux patients. Chez un oiseau, la régurgitation était associée au positionnement du tube dans le jabot plutôt que dans l’œsophage distal. Bien que les infections cutanées représentent une complication commune chez les chats et les chiens, aucun oiseau dans l’étude de Huynh et al n’a développé de tels problèmes. Un granulome et une nécrose cutanée associée ont été observé chez un condor de Californie (Gymnogyps californianus) chez qui une technique d’ingluviotomie (voire les oiseaux à long cou ci-dessous) avait été utilisée pour positionner la sonde (Aguilar et al 2012 ).

Matériel

  • Analgésie pré-opératoire comme le butorphanol tartrate
  • Anesthésie générale: Anesthésiant volatile, masque facial, tube endotrachéal sans ballonnet
  • Sonde

Les cathéters en silicone ou en polyurethane (par exemple des sondes d’alimentation de Kendall Argyle, Kendall Co.) sont plus souples et se rigidifient moins avec le temps que les sondes en caoutchouc (red-rubber) ou en polyvinylchloride. La taille de la sonde varie avec la taille du patient; des sondes de 14 French peuvent être utilisées chez des grands perroquets et sont idéales car une seringue peut être connectée à n’importe quel endroit où le tube sera coupé (Fig. 3). Des tubes allant jusqu’à 18 French peuvent être placé chez de nombreux rapaces de taille moyenne ou grande (Huynh et al 2014).

  • Pince hémostatique courbe
  • Ciseaux à Iris ou lame de scalpel, de taille 15 ou 11
  • Matériel de suture ou glue acrylique
  • Bande adhesive blanche poreuse
  • Bouchon mâle
  • Marqueur permanent non toxique
  • ± Coton-tige
  • ± Matériel de bandage
  • ± Collier élisabéthain
Fourteen French tubes are a good choice in large psittacine birds

Figura 3. Des sondes de 14 French représentent un bon choix pour les grands psittaciformes. Crédit photographique: Don Harris Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Instructions pas-à-pas

  1. Placer l’oiseau sous anesthésie générale et l’intuber avec une sonde endotrachéale sans ballonet.
  2. Positionner le patient sur le côté, préférablement en décubitus latéral gauche.
  3. Pré-mesurer la longueur de sonde devant être positionnée dans l’œsophage distal ou le proventricule. Chez les chats et les chiens, les sondes sont souvent introduites dans l’œsophage distal pour minimiser le risque de reflux œsophagien et d’œsophagite. L’extrémité de la sonde doit atteindre approximativement le niveau de la cinquième côté soit représenter environ un tiers de la longueur totale de l’oiseau (Huynh et al 2014).
  4. Un assistant détermine le volume de fluide nécessaire pour drainer le tube.
  5. Préparer la peau recouvrant le côté droit du cou de façon aseptique, en retirant les plumes si nécessaire. Pour une sonde d’œsophagostomie, la région cervicale moyenne est préparée. Un segment cutané plus haut, s’étendant de l’aspect caudal de la mandibule jusqu’à la région cervicale moyenne est préparée pour la pose d’une sonde de pharygostomie.

    Note: Les sondes d’œsophagostomie ont classiquement été considérée de loin supérieures aux sondes de pharyngostomie chez les petits mammifères car ces dernières ont été associées à des mouvements laryngés et un retard dans l’alimentation spontanée. Toutefois, les sondes de pharyngostomie demeurent une option possible dans certains cas particuliers. (Huynh et al 2014, Abdelfatah et al 2012, Jones et Bodenham2005).

  6. Insérer avec délicatesse une pince hémostatique courbe dans l’oropharynx, le long du côté droit du cou.
  7. Incliner la pince hémostatique contre la paroi de l’œsophage dans une région en portion craniale à moyenne du cou.
  8. Sélectionner une région avasculaire surplombant les mords de la pince hémostatique et réaliser une petite incision au travers de la peau et de la paroi œsophagienne à l’aide d’une lame de scalpel ou de ciseaux (Fig 4).

    Place a butterfly piece of tape to the tube, then secure the tape using suture or glue.

    Figura 4. Réaliser une petite incision au travers de la peau et de la paroi œsophagienne au dessus des mords de la pince hémostatique dans une région avasculaire. Crédit photographique : Don Harris. Click image to enlarge.

  9. Saisir l’extrémité distale de la sonde d’alimentation avec la pince hémostatique.
  10. Tirer la sonde d’alimentation au travers de l’incision et dans l’œsophage. Il existe deux méthodes possibles pour insérer la sonde :
    • Rétrograde : Diriger l’extrémité de la sonde vers le haut et la faire ressortir par la bouche pour confirmer la position de la sonde dans la lumière du tractus gastrointestinal. Ensuite, réorienter l’extrémité de la sonde caudalement. Bien que cette technique puisse représenter un défi relatif chez certains mammifères – en association avec un pharynx étroit – et parce que le tube peut se retrouver enroulé autour de la sonde endotrachéale, de telles complications sont rares chez les oiseaux du fait de leur oropharynx relativement large.
    • >Normograde : Insérer directement l’extrémité de la sonde dans l’œsophage distal ou le proventricule. Cette technique présente l’avantage d’être plus rapide et plus facile. Néanmoins, cette méthode ne permet pas de confirmer le positionnement de la sonde au sein de l’œsophage.
  11. Guider la sonde en descendant au travers du jabot jusque dans l’œsophage distal ou le proventricule. Quelques manipulations sont souvent nécessaires pour passer le tube à partir du jabot distal dans l’œsophage thoracique (Huynh et al 2014, Harris 2001).
  12. Si la sonde est insérée intentionnellement dans le proventricule, passer la sonde jusqu’à ressentir une résistance, puis la retirer légèrement. Chez les petits animaux, le positionnement de la sonde dans le tiers distal de l’œsophage empêche l’irritation et minimise le reflux gastrique. Le positionnement du tube au sein de la jonction gastro-oesophagienne peut stimuler les vomissements (Huynh et al 2014, Devitt et Seim1997).
  13. Réaliser une marque avec une encre indélébile sur la sonde à l’endroit où elle sort du corps, de sorte qu’une migration ultérieure puisse être détectée. (Eirmann et Michel 2015).
  14. Réaliser a minima une radiographie de contrôle en vue latérale pour confirmer la position du tube (Eirmann et Michel 2015).
  15. Fixer la sonde en place avec un papillon réalisé à l’aide de bande adhésive fixée sur le cathéter. La bande adhésive est ensuite fixée à l’aide de suture ou de glue acrylique. La sonde peut être fixée à la peau avec un laçage chinois. Alternativement, une suture en bourse peut être réalisée. Une suture additionnelle peut être utilisée pour attacher la sonde sur le dos de l’oiseau (Fig 5)(Huynh et al 2014).
    The tube should remain covered at all times except when in use.

    Figura 5. Placer un papillon réalisé à l’aide de bande adhésive sur le tube et fixer cette bande à l’aide de suture ou de glue. Crédit photographique: Dr Don Harris. Click image to enlarge.

  • Les oiseaux avec un long cou
  • La sélection d’un site d’insertion plus distal, plus proche de l’entrée thoracique, est souvent nécessaire chez les oiseaux ayant un long cou. Une technique récemment décrite chez les condors consiste à réaliser d’abord une ingluviotomie avant le positionnement de la sonde d’œsophagostomie car les sondes d’alimentation de longueur standard n’atteignent pas l’œsophage distal ou le proventricule chez ces oiseaux (Aguilar et al 2012).

  • L’alimentation par la sonde d’œsophagostomie
  • Premièrement, rincer la sonde avec de l’eau chaude. Si des médicaments doivent être administrés, injecter ces agents après le rinçage mais avant l’alimentation. Injecter lentement de la nourriture tiède, puis rincer la sonde encore une fois avec de l’eau après l’administration de l’aliment. Bien que le volume du jabot (et de l’estomac) soit estimé à 3-5% du poids corporel, le proventricule est beaucoup moins distensible comparé au jabot et des volumes conservateurs devraient être utilisés initialement (Fig 7) Huynh et al recommande de commencer avec 1% du poids corporel ou 10 ml/kg par repas. Il est particulièrement important de garder en tête les volumes administrés, incluant les rinçages, chez les patients très petits pour minimiser le risque d’aspiration par le patient.

    Begin esophagostomy tube feedings conservatively

    Figura 6. Commencer l’alimentation par la sonde d’œsophagostomie de façon conservatrice. Crédit photographique : Dr Don Harris. Click image to enlarge.

    Bien que les sondes d’œsophagostomie soient fréquemment utilisées chez des patients rentrant à la maison dans d’autres taxons, les patients aviaires sont généralement maintenus dans un environnement hospitalier. Lorsque les traitements progressent et que le statut clinique s’améliore, des aliments solides seront proposés aux oiseaux. Veillez à proposer aux oiseaux de proie des aliments ne favorisant pas la production de pelote (sans peau, sans plume, sans grands os) pour limiter l’égestion et le déplacement potentiel de la sonde. (Huynh et al 2014).

    Retrait de la sonde

    Les sondes d’œsophagostomie peuvent être utilisées pendant des périodes relativement longues et ont été rapportées être laissées chez des patients aviaires jusqu’à 7 semaines sans complication (Harris 2001). L’un des avantages des sondes d’ œsophagostomie est qu’elles peuvent être retirées à tout moment (Eirmann et Michel 2015). Le retrait de la sonde est généralement motivé par l’existence d’une amélioration clinique, incluant une alimentation spontanée, associée à un site d’insertion chirurgical qui commence à se rétracter. Les sondes étaient laissées à demeure en moyenne 6.1 + 3.7 jours dans une étude chez 18 rapaces (Huynh et al 2014). Chez deux condors atteint d’intoxication au plomb, les sondes étaient tolérées jusqu’à 15 et 17 jours (Aguilar et al 2012).

    Pour retirer une sonde d’œsophagostomie, couper les sutures de rétention, retirer délicatement la sonde et laisser l’ouverture cicatriser par seconde intention. Le site d’incision se referme en 1 à 2 jours et la cicatrisation est généralement obtenu sous une semaine.
     

    Résumé

    La pose d’une sonde d’œsophagostomie utilisée est une technique fiable pouvant être utilisée pour le soutien nutritionel du patient aviaire. Les sondes d’œsophagostomie sont généralement bien tolérées et peuvent réduire le stress du patient tout en améliorant l’administration des médicaments et des aliments.

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    Références