Mise en place d’une sonde d’oesophagostomie chez le furet

Introduction

Une sonde d’œsophagostomie est mise en place dans la partie proximale de l’œsophage (avec la limite caudale étant la première moitié proximale des vertèbres cervicales). Celle-ci est conçue pour délivrer de la nourriture dans l’œsophage distal ou dans l’estomac. Une sonde d’œsophagostomie est un excellent choix pour un support nutritionnel d’un furet affaibli et exigeant une alimentation au long terme ou pour des patients qui auraient subi un traumatisme orofacial majeur.

Vidéo

Vidéo écrit par Christal Pollock, DVM, Dipl. ABVP-aviaire; Consultant pour la Société Vétérinaire Lafeber. Vidéo commentée par M. Scott Echols, DVM, Dipl. ABVP et révisée par lesM. Scott Echols et le Natalie Antinoff.

Le choix des patients

Le patient doit avoir un fonctionnement normal de son tractus gastro-intestinal, y compris la capacité de protéger ses voies respiratoires et une fonction oesophagienne normale. Par conséquent, les contre-indications à la mise en place d’une sonde d’œsophagostomie comprennent une obstruction gastro-intestinale, un iléus, une malabsorption ou une maldigestion et des vomissements incontrôlés.

Les complications potentielles

La mise en place d’une sonde d’oesophagostomie est un processus relativement simple, mais il peut y avoir des complications potentielles.

  • La complication la plus rencontrée est le détachement de la sonde au cours de vomissements ou de régurgitations.
  • Un placement incorrecte de la sonde peut être associé à un mauvais positionnement qui peut provoquer une irritation de l’œsophage et un reflux.
  • Dans de rares cas, une mauvaise technique peut aussi conduire au placement du tube dans la trachée ou dans le médiastin. Des dommages des vaisseaux ou des nerfs cervicaux sont également possibles.

Équipement nécessaire

Pour placer une sonde d’œsophagostomie, vous aurez besoin de fournitures pour la préparation aseptique de la peau ainsi que des compresses stériles, des gants chirurgicaux, des lames de scalpel, un marqueur permanent, de grandes pinces courbes Rochester-Carmalt, un porte-aiguille, des pinces d’Adson non traumatiques, des ciseaux, du fil de suture non résorbable Ethilon 4-0, du matériel de bandage, et une sonde d’oesophagostomie en silicone ou PVC.

Équipement nécessaire pour la mise en place d’une sonde d’œsophagostomie chez le furet
  • Alcool
  • Des compresses imprégnées de chlorhexidine pour la préparation aseptique
  • Compresses stériles
  • Gants chirurgicaux
  • Lames de bistouri
  • Une sonde d’oesophagostomie en silicone ou PVC*
  • Matériel de Bandage (bande crêpe et V-trap)
  • Marqueur permanent
  • De grandes pinces courbes
  • Porte-aiguilles
  • Des pinces d’Adson non traumatiques
  • Ciseaux
  • Du fil de suture non résorbable Ethilon 4-0
*Une sonde en caoutchouc 10-FR est la plus souvent utilisée chez le furet. Des sondes
d’alimentation en polyuréthane ou en silicone de taille similaire peuvent également être utilisées.

La mise en place d’une sonde d’œsophagostomie nécessite également une analgésie préventive ainsi qu’une anesthésie générale de courte durée. Le patient doit être intubé chaque fois que possible.

Technique

La technique pour le placement d’une sonde d’œsophagostomie chez le furet est similaire à celle utilisée chez le chat. Le côté gauche du cou est préféré pour l’insertion du tube à cause de l’emplacement physiologique de l’oesophage. Si une plaie ou une masse empêchait le placement sur le côté gauche du cou, le côté droit pourrait être utilisé.

1. Pré-mesurer la longueur de la sonde à partir de la truffe (figure 1). Déterminer la longueur de sonde à insérer, en évaluant la distance entre le site d’insertion situé au niveau du pharynx caudal jusqu’à environ le neuvième ou le dixième espace intercostal, qui est en regard de l’oesophage distal.

Evaluer la distance entre le site d'insertion situé au niveau du pharynx caudal jusqu'à environ le neuvième ou le dixième espace intercostal

Figure 1. Evaluer la distance entre le site d’insertion situé au niveau du pharynx caudal jusqu’à environ le neuvième ou le dixième espace intercostal. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

2. Cette distance est reportée sur la sonde en y inscrivant une marque au marqueur (figure 2).

Marquer la sonde (flèche)

Figure 2. Marquer la sonde (flèche). Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

3. Certains cliniciens agrandissent l’orifice situé à l’extrémité distale de la sonde d’oesophagostomie avec une petite lame (Fig 3).

Extend the extend the exit hole on the side of the tube.

Figure 3. Facultatif: Elargir l’orifice situé à l’extrémité distale de la sonde d’oesophagostomie. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

4. Placer le patient en décubitus latéral droit.

5. Tonder la partie latérale gauche du cou située entre la branche de la mandibule caudale jusqu’à la partie crâniale thoracique et jusqu’aux limites dorsale et ventrale du cou.

6. Préparation aseptique de la peau.

7. Placer la pince hémostatique courbe dans la gueule, diriger la pointe incurvée de l’instrument vers le bas à travers l’œsophage proximal (Fig 4).

Direct the curved tip of the hemostat into the proximal esophagus.

Figure 4. Diriger la pointe incurvée de la pince hémostatique courbe dans l’œsophage proximal. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

8. Tenir la pince hémostatique latéralement de manière à ce que l’extrémité courbe fasse saillie au niveau de la peau (figure 5).

Hold the hemostat so that the tip can be seen underneath the skin.

Figure 5. Maintenir la pince hémostatique courbe de sorte que l’extrémité puisse être vue sous la peau. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

9. Palper l’extrémité de la pince hémostatique à travers la peau, juste derrière la jonction des veines linguo-faciales et mandibulaires. Identifier la veine jugulaire externe afin d’éviter de la sectionner (figure 6).

Identifier et éviter la veine jugulaire externe.

Figure 6. Identifier et éviter la veine jugulaire externe. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

10. Ouvrir les mors de la pince hémostatique, puis faire une incision à travers la peau vers le bas dans le tissu sous-cutané et à travers la paroi de l’œsophage (figure 7 et figure 8).

Faire une incision cutanée.

Figure 7. Faire une incision cutanée. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Elargir l'incision à travers la peau, les tissus sous-cutanés et la paroi de l'œsophage.

Figure 8. Elargir l’incision à travers la peau, les tissus sous-cutanés et la paroi de l’œsophage. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

11. Faire une incision de l’oesophage juste assez grande pour que la pince puisse être poussée doucement à travers l’incision (Fig 9).

Pousser doucement la pince à travers la petite incision de l'œsophage.

Figure 9. Pousser doucement la pince à travers la petite incision de l’œsophage. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

12. Placer l’extrémité distale de la sonde entre les mors de la pince, serrer l’instrument (Fig 10), puis tirer le tube à travers l’incision de la peau et l’amener vers la gueule de l’animal (Fig 11).

Saisir l’extrémité distale de la sonde entre les mors du clamp

Figure 10. Saisir l’extrémité distale de la sonde entre les mors du clamp. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Tirer la sonde à travers l'incision de la peau, puis ramener-la vers la gueule de l’animal

Figure 11. Tirer la sonde à travers l’incision de la peau, puis ramener-la vers la gueule de l’animal. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

13. Réintroduire la sonde, qui ressort de la gueule de l’animal, dans l’œsophage en la réorientant avec un angle de 180 degrés, à l’aide d’une pince droite ou d’un doigt jusqu’à la longueur prédéterminée (figure 12).

Réorienter la sonde de 180 degrés (flèche) et la pousser caudalement dans l'œsophage

Figure 12. Réorienter la sonde de 180 degrés (flèche) et la pousser caudalement dans l’œsophage. Cliquez sur l’image pour l’agrandir

14. Tirer doucement sur l’extrémité proximale de la sonde pour la rigidifier (figure 13). Tirer quelques centimètres de la sonde au niveau cervical pour résoudre la courbure de la sonde (figure 14).

L'extrémité proximale de la sonde au niveau cervical est doucement retirée afin de la rigidifier

Figure 13. L’extrémité proximale de la sonde au niveau cervical est doucement retirée afin de la rigidifier. Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Une fois la tension appliquée, l'extrémité proximale du tube s’incurve vers le nez

Figure 14. Une fois la tension appliquée, l’extrémité proximale du tube s’incurve vers le nez. Cliquez sur l’image pour l’agrandir

15. Pour confirmer que la sonde n’est plus courbée, faites-la glisser doucement en avant et en arrière de quelques millimètres (figure 15). Inspecter visuellement la cavité buccale pour vous assurer que la sonde n’est plus visible.

Faites glisser délicatement le tube avant et en arrière de quelques millimètres pour confirmer le redressement de la sonde. Notez la marque effectuée au marqueur (flèche)

Figure 15. Faites glisser délicatement le tube avant et en arrière de quelques millimètres pour confirmer le redressement de la sonde. Notez la marque effectuée au marqueur (flèche). Cliquez sur l’image pour l’agrandir

16. Il est important de vérifier la position de la sonde avant la fixation. La méthode la plus fiable consiste à obtenir des radiographies (figure 16). Le bon positionnement de la sonde peut également être confirmé par l’injection rapide d’air dans le tube qui va provoquer des gargouillements sur la région abdominale dorsale gauche (figure 17).

Une radiographie de contrôle est la méthode la plus fiable pour vérifier le positionnement de la sonde d’œsophagostomie

Figure 16. Une radiographie de contrôle est la méthode la plus fiable pour vérifier le positionnement de la sonde d’œsophagostomie. Cliquez sur l’image pour l’agrandir

L'auscultation de l'estomac tandis que l'air est rapidement injecté peut également être utilisée pour confirmer la position de la sonde d’œsophagostomie

Figure 17. L’auscultation de l’estomac tandis que l’air est rapidement injecté peut également être utilisée pour confirmer la position de la sonde d’œsophagostomie. Cliquez sur l’image pour l’agrandir

17. Fixer la sonde en région cervicale à l’aide d’une suture en bourse à la base suivie par un lacet chinois. De plus, un morceau de ruban adhésif blanc peut être placé autour de la sonde proximale pour former des ailettes, et ensuite fixé à la peau avec une suture (figure 18).

On voit ici, la sonde d’œsophagostomie est fixée à l’aide d’ailettes papillon réalisées avec du ruban adhésif  lesquelles sont ensuite suturées à la peau

Figure 18. On voit ici, la sonde d’œsophagostomie est fixée à l’aide d’ailettes papillon réalisées avec du ruban adhésif lesquelles sont ensuite suturées à la peau. Cliquez sur l’image pour l’agrandir

18. Placer l’extrémité libre de la sonde de sorte qu’elle se trouve sur le dos, idéalement entre les omoplates (figure 19).

L'extrémité libre de la sonde doit idéalement se trouver entre les omoplates

Figure 19. L’extrémité libre de la sonde doit idéalement se trouver entre les omoplates. Cliquez sur l’image pour l’agrandir

19. Couper le tube si nécessaire (Fig 20).

Couper avec précaution l'extrémité du tube

Figure 20. Couper avec précaution l’extrémité du tube. Cliquez sur l’image pour l’agrandir

20. Reboucher la sonde avec un capuchon d’aiguille ou un bouchon de cathéter IV. Un robinet à trois voies peut également être utilisé, mais il peut être lourd pour certains patients.

21. Appliquer une pommade antimicrobienne à l’entrée de la sonde, puis appliquer une légère couche d’ouate, recouverte avec une couche de V-trap. Assurez-vous que le bandage ne soit pas trop serré car cela peut causer de la cellulite (figure 21).

Assurez-vous que le bandage ne soit pas trop serré

Figure 21. Assurez-vous que le bandage ne soit pas trop serré. Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Utilisation de la sonde

Les furets peuvent être alimentés à l’aide de tubes d’œsophagostomie pour des patients non hospitalisés ou dans un milieu hospitalier car cette sonde est généralement très bien tolérée. L’un des nombreux avantages d’une sonde d’œsophagostomie est qu’elle peut être utilisée dès le réveil du patient après qu’il ait retrouvé son réflexe de déglutition.

  • Sélectionner un produit facile à digérer, facilement absorbable comme Emeraid Carnivore, et utiliser une seringue avec une petite extrémité conique.
  • Cinq à dix ml / kg par repas sont généralement bien tolérés mais cette quantité sera variable selon le patient. Des volumes plus importants peuvent être tolérés lorsque le patient a un problème oral comme une fracture de la mâchoire mais est par ailleurs en bonne santé.
  • Les repas doivent être effectués en utilisant des aliments doucement réchauffés, entre 10-15 minutes (figure 22).

    Injecter lentement l’aliment de gavage à travers la sonde d’œsophagostomie pendant plus de 10 à 15 minutes

    Figure 22. Injecter lentement l’aliment de gavage à travers la sonde d’œsophagostomie pendant plus de 10 à 15 minutes. Cliquez sur l’image pour l’agrandir

  • Pour réduire au minimum le risque d’obstruction de la sonde, rincez-la ensuite avec 5-10 ml d’eau.
  • Les repas peuvent être administrés toutes les 4 à 6 heures, en veillant à ce que le gavage soit bien toléré et que la production fécale soit observée.

La sonde d’œsophagostomie peut également être utilisée pour l’administration au long terme de suspensions buvables. Veillez à ne pas induire d’occlusion de la sonde lorsque des médicaments écrasés et dissous sont administrés via celle-ci.

Le suivi

Surveiller le site d’insertion régulièrement pour prévenir tout signe d’inflammation ou d’infection et changer le pansement au moins une fois par semaine.

Retrait de la sonde

La sonde d’œsophagostomie peut être laissée en place pendant des semaines, voire des mois, mais il n’y a pas de durée minimale de maintien de la sonde. Lorsque votre patient présente un appétit spontané, la sonde peut simplement être retirée.

References

Références

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Macintire DK, Drobatz KJ, Haskins SC, Saxon WD. Nutritional support of critical patients. In: Macintire DK, Drobatz KJ, Haskins SC, Saxon WD (eds). Manual of Small Animal Emergency and Critical Care Medicine. Ames, Iowa: Blackwell; 2006: 94-96.

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