Motif de consultation: Troubles de la mue chez les reptiles

Introduction

Les troubles de la mue (ou dysecdysis) sont fréquemment observés chez les serpents et les lézards débilités. La dysecdysis n’est pas en soi un problème primaire, mais plutôt un signe d’un problème sous-jacent (figure 1) (de la Navarre 2006).

Les troubles de la mue sont fréquents chez les serpents et les lézards maintenus en captivité

Figure 1. Les troubles de la mue sont fréquents chez les serpents et les lézards maintenus en captivité. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Comprendre la mue

Les écailles

Tous les reptiles sont couverts d’écailles qui les protègent contre des lésions traumatiques et contre la dessiccation. Dérivées de l’épiderme, les écailles sont composés principalement de kératine et sont attachées l’une à l’autre par une peau fine (Fig. 2). Il existe deux types d’écailles. Des écailles relativement petites, qui se chevauchent comme les tuiles sur un toit, et qui couvrent la partie dorsale et les surfaces latérales des serpents et de nombreux lézards (Fig. 3). Des écailles relativement courtes et larges appelées «scutes», disposées comme les barreaux d’une échelle, se trouvent sur la partie ventrale du corps (Fig. 4) (Cooper 2006, Mader n/a).

Les écailles sont attachées l'une à l'autre par une peau fine

Figure 2 Les écailles sont attachées l’une à l’autre par une peau fine (partie blanche sur ce lambeau cutané obtenu après la mue). Crédit photo : Keri Leaman. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Les écailles relativement petites, qui se chevauchent comme les tuiles sur un toit, couvrent la partie dorsale et les surfaces latérales des serpents et de nombreux lézards

Figure 3. Les écailles relativement petites, qui se chevauchent comme les tuiles sur un toit, couvrent la partie dorsale et les surfaces latérales des serpents et de nombreux lézards. Crédit photo : Roger Riera Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Ecailles relativement courtes et larges que l’on trouve sur la partie ventrale du corps

Figure 4. Ecailles relativement courtes et larges que l’on trouve sur la partie ventrale du corps. Crédit photo : Grongar. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

La mue ou l’ecdysis

Les nouvelles écailles se développent sous les anciennes écailles, plus superficielles. Chez les serpents et certains geckos, la mue ou l’ecdysis est un processus actif et complexe qui se déroule tout le long de la vie de l’animal.

Tableau 1. Différentes étapes de la mue chez le serpent (Cooper 2006)
PhaseDurée moyenne
ReposIndéfini
RenouvellementApproximativement 10-14 jours

Au cours des 5 à 7 premiers jours de la phase de la mue, le liquide lymphatique s’insinue entre l’ancienne peau et la nouvelle peau. Cela conduit à une coloration très terne de la peau, les motifs cutanés deviennent moins distincts, et les lunettes pré-cornéennes apparaissent bleu opaque ou d’une couleur laiteuse. Ces changements s’opèrent sur la surface ventrale de la queue et se déplacent vers la partie crâniale du corps (Fitzgerald 2006, Mader n / a). La vision est considérablement altérée pendant cette période, ce qui augmente pour ces reptiles le risque de blessures par morsures leurs proies. Durant cette période, les serpents semblent également être beaucoup plus sensibles au toucher, devenir irritables et plus susceptibles de mordre. À la fin de la mue, les yeux s’éclaircissement et la peau est brillante. La mue commence habituellement dans les 3 à 4 jours après la chute de la peau (Fitzgerald 2006). Durant la mue, la peau est particulièrement sensible aux traumatismes, aux infections et au contact à des agents toxiques (Cooper 2006).

La longueur du cycle de la mue est affectée par un certain nombre de facteurs, y compris l’âge et le statut nutritionnel (de la Navarre 2006). Les jeunes reptiles en croissance muent plus fréquemment que des individus adultes.
Des mues complètes se produisent périodiquement chez les serpents et les lézards. La peau mue généralement en une seule pièce, comme une chaussette qu’on tirerait du haut vers le bas (Fig. 5). Les mues sont partielles chez la plupart des lézards et des crocodiliens, et la peau tombe par morceaux (Fig. 6). Quand un serpent mue en morceaux, cela signifie qu’il existe un problème sous-jacent. Les geckos ingèrent souvent les lambeaux de mue lesquels ne sont pas observés dans l’environnement.

Les serpents subissent une mue complète. La peau mue en une seule pièce.

Figure 5. Les serpents subissent une mue complète. La peau mue en une seule pièce. Crédit phot : Dave Parker. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Lors de la mue, la peau se détache en morceaux chez un iguane

Figure 6. Lors de la mue, la peau se détache en morceaux chez un iguane. Crédit photo : Jeannette Wyneken, Ph.D. Click image to enlarge.

Les chéloniens muent également sur leur peau, leur cou, leurs pattes et leur queue et les tortues aquatiques muent aussi sur leur carapace et leur plastron.
 

Points clés de soins d’urgence

La mue n’est pas un motif d’urgence, mais lorsqu’un trouble de la mue est identifié, le problème doit être traité (De la Navarre 2006).

Gestion des cas

Identification

Maladie touchant principalement les reptiles captifs, les troubles de la mue sont sporadiquement observés chez les reptiles en liberté. Parmi les reptiles maintenus en captivité, ceux qui sont les susceptibles de développer des troubles de la mue sont ceux qui ont un cycle complet de mue: les serpents, certains geckos tels que le gecko léopard (Eublepharis macularius) et le gecko africain à queue grasse (Hemitheconyx caudicinctus) (Stahl 2013). Certains scinques à langue bleue (Tiliqua spp.) présentant des doigts de petite taille sont enclins à présenter des strictions secondaires par des rétentions de lambeaux de mue (Fig. 7).

Les doigts relativement petits des scinques à langue bleue sont plus enclins à présenter des rétentions de lambeaux de mue

Figure 7. Les doigts relativement petits des scinques à langue bleue (Tiliqua spp.) sont plus enclins à présenter des rétentions de lambeaux de mue. Crédit photo : Donald Hobern Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

namnèse

  • Obtenez des informations détaillées sur les antécédents médicaux du patient ainsi que l’élevage, y compris la température de la cage et l’humidité relative.
  • Quand est arrivé la dernière mue?
  • Existe-t-il des antécédents de formation de cicatrices, de brûlures thermiques ou d’incision chirurgicale? La présence de lésions cutanées augmente considérablement le risque de dysécdysme.

Examen à distance

Limiter l’examen physique si le reptile semble être au milieu d’un cycle de mue. La manipulation des reptiles, en particulier des serpents et des geckos, pendant la mue peut causer des lésions cutanées et des troubles de la mue ultérieurs (de la Navarre 2006).

Examen clinique

Effectuer un examen clinique complet. Des lambeaux de mue persistants se retrouvent le plus souvent sur la queue, la tête et les lunettes pré-cornéennes. On peut également observer des rétentions de mue sur les appendices ornementaux, comme les épines dorsales des lézards comme les iguanes, ainsi sur les doigts. Les lambeaux cutanés retenus sur les extrémités distales peuvent conduire à des strictions bloquant le flux sanguin normal et provoquant une nécrose avasculaire, associée éventuellement une ostéomyélite secondaire (Stahl 2013).

Les rétentions de mue localisées à l’intérieur ou autour des cavités nasales peuvent provoquer des sifflements qui peuvent être confondus avec des maladies respiratoires.
Examinez soigneusement le patient pour rechercher la présence d’ectoparasites et d’inflammation. Les lambeaux cutanés persistants peuvent être à l’origine de foyers d’infection, en particulier, autour de la cavité buccale et des yeux, ce qui peut conduire à une stomatite et une conjonctivite. Les scinques à langue bleue sont particulièrement enclins aux rétentions de mue autour de la cavité buccale (Stahl 2013).

Cause sous-jacente

Dans de nombreux cas, la dysecdysie est directement associée à une mauvaise gestion ou à des conditions d’élevage inadaptées:

  • Température environnementale incorrecte (trop froid)
  • Humidité insuffisante (trop sec ou pas d’accès au bain)
  • Nutrition inadaptée
  • Manipulation incorrecte (voir examen visuel ci-dessus)
  • Manque d’enrichissement (par exemple : rochers, branches, souche de bois pour se frotter contre)
  • Faible qualité de l’eau, éclairage inadéquat et / ou manque de plages pour les tortues semi-aquatiques ou aquatiques

Les troubles de la mue peuvent également être associés à un problème médical sous-jacent comprenant:

  • Maladies cutanées fongique ou bactérienne
  • Des ectoparasites, tels que des acariens, peuvent interférer avec le processus normal de mue, ainsi que des brûlures, d’anciennes cicatrices et des plaies de morsure (Fig. 8)
  • L’hypoprotéinémie (par exemple, malnutrition, jeun prolongé)
  • Hypovitaminose A chez les caméléons (Stahl 1997)
  • Maladie systémique
Mue difficile chez un python birman infesté par des ectoparasites.

Figure 8. Mue difficile chez un python birman (Python bivittatus) infesté par des ectoparasites. Crédit phot : Dr M. Scott Echols. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Diagnostic différentiel

  • Dermatite
  • Trauma
  • Mues anormalement fréquentes causées par des troubles thyroïdiens

Diagnostic

Si les facteurs environnementaux ont été corrigés et si la dysecdysie persiste ou récidive, une exploration complète de l’étiologie est généralement recommandée:

  • Radiographies, si une nécrose avasculaire a été mise en évidence, afin de mettre en évidence une ostéomyélite
  • Cytologie sur les zones inflammées / infectées

Référer le patient à un vétérinaire spécialisé dans la gestion des reptiles, car des examens complémentaires tels qu’une biopsie, un examen histopathologique et un panel thyroïdien pourraient être indiqués (Dadone 2010).

Cependant, certaines présentations telles que la présence de cicatrices, de brûlures ou des plaies chirurgicales, contre-indiqueraient la réalisation de biopsies car les troubles de la mue ont tendance à récidiver sur ce genre de lésions.

Traitement

Employez une approche douce et conservatrice des lambeaux cutanés persistants. Un retrait prématuré de lambeaux de mue pourrait endommager de façon permanente la nouvelle peau sous-jacente.

  1. Réaliser des bains avec de l’eau chaude (29,4°C) pendant environ 15 à 30 minutes, est généralement la meilleure façon de retirer les morceaux de mue persistants (Fitzgerald 2006, de la Navarre 2006). L’eau doit être assez profonde pour couvrir le corps du reptile mais pas trop profonde afin de prévenir une noyade du patient. Un reptile dans son bain ne doit jamais être laissé sans surveillance (de la Navarre 2006). Pour réduire le risque de refroidissement, la température de la pièce doit être chaude et sans courants d’air. L’utilisation d’une serviette en coton ou d’un éponge en coton humidifiée de taille appropriée pourra de retirer doucement les lambeaux de mue persistants lors des déplacements du reptile sur la serviette (de Navarre 2006). Les bains peuvent être répétés pendant une période de plusieurs jours jusqu’à ce que toute la mue soit tombée, mais la durée nécessaire peut varier avec le nombre de couches cutanées persistantes. De plus, le reptile et son environnement peuvent être brumisés afin d’augmenter l’hygrométrie environnementale. L’utilisation d’une boîte humide peut également s’avérer utile. Disposez une mince couche de mousse ou de vermiculite humide sur le sol, dans un contenant en plastique, muni d’une entrée sur le côté (Stahl 2013).
  2. Corrigez les problèmes environnementaux sous-jacents: sensibilisez le propriétaire sur la notion d’hygrométrie relative, la température du terrarium et les objets d’enrichissement qui doivent être fournis. Assurez-vous que les tortues aquatiques et semi-aquatiques contiennent des plages de repos, un éclairage et une bonne qualité de l’eau.
  3. Prescrire des agents antiseptiques et des antibiotiques : en général, les bains suffisent, mais les antiseptiques sont indiqués s’il existe des signes d’inflammation ou d’infection superficielle. L’utilisation d’une solution de chlorhexidine diluée (1 volume de chlorhexidine pour 50 volume de solution saline) est couramment recommandée (de la Navarre 2006, Fitzgerald 2006). Par ailleurs, une crème antibiotique topique telle qu’une crème composée de sulfadiazine d’argent peut être appliquée sur des lésions focales et superficielles comme des ulcères. D’autres infections importantes ou sévères nécessiteront des antibiotiques systémiques. Les infections secondaires sont généralement causées par des bactéries Gram-négatives telles que Pseudomonas spp., Aeromonas spp., Klebsiella spp. et Salmonella spp. ainsi que des anaérobies comme Bacteroides spp., Fusobacterium spp. et Clostridium spp. (Stahl 2013). Moins fréquemment, une infection fongique peut également être associée à des troubles de la mue (Dadone 2010, Stahl 2013).

Pronostic

Le pronostic pour les reptiles atteints de troubles de la mue est généralement bon. Une fois que la cause sous-jacente a été identifiée et traitée, le cycle de mue revient généralement à la normale en deux à quatre cycles (de la Navarre 2006).

Une exception à cette règle concerne les reptiles avec des cicatrices ou des brûlures qui risquent de présenter des problèmes chroniques de mue. Les propriétaires de reptiles atteints peuvent être sensibilisés à l’utilisation de bains tièdes, de brumisateurs et de serviettes chaudes et humides (de la Navarre 2006).

Les lézards présentant des troubles de la mue localisés sur les extrémités peuvent avoir un pronostic plus réservé si des zones de striction sont présentes. La nécrose avasculaire peut provoquer une détérioration de la peau et une ostéomyélite de l’os sous-jacent.

References