Surveillance des Signes Vitaux chez les Espèces d’Animaux Exotiques

Points clés

  • Les paramètres physiologiques essentiels, tels que la fréquence et le rythme cardiaque, la fréquence et la profondeur respiratoire, la température corporelle, et la couleur des muqueuses, devraient être évalués chez tous les patients, y compris les espèces d’animaux exotiques.
  • Le matériel de surveillance est utile mais ne peut pas remplacer des techniques de surveillance manuelle.
  • Le maintien d’une température corporelle normale est une priorité importante au cours d’une anesthésie générale. Les jeunes, les animaux en croissance, les patients présentant une mauvaise note d’état corporel, et les petites espèces avec un rapport surface-masse élevé présentent tous un risque particulier d’hypothermie.
  • Au cours de l’anesthésie et du réveil, il convient de s’efforcer de maintenir la température corporelle de tout patient reptilien au sein de sa zone de température optimale préférentielle.
  • Une modification de la respiration est parfois le premier signe d’un problème qui nécessite une intervention. En conséquence, la fréquence, le rythme et la profondeur respiratoires devraient être étroitement surveillés au cours de la période péri-anesthésique.
  • Les oiseaux tolèrent beaucoup moins bien l’apnée que les reptiles ou les mammifères. Un arrêt de la respiration ne serait-ce que pendant 10 à 15 secondes chez le patient aviaire est généralement une indication qu’il faut réduire la profondeur anesthésique et assister la ventilation.
  • Tous les reptiles nécessitent une ventilation à pression positive intermittente à une profondeur d’anesthésie chirurgicale.
  • Cet article fait partie d’une série sur la surveillance anesthésique chez les animaux exotiques de compagnie. Les autres sujets disponibles incluent : la pression sanguine, la capnométrie, l’électrocardiographie, et l’oxymétrie de pouls.

Introduction

Tous les anesthésistes, y compris les plus chevronnés et les plus inébranlables, peuvent se retrouvés intimidés par les patients d’espèces exotiques. La surveillance de l’anesthésie peut être angoissante en soi, et ceci peut encore être aggravé par les difficultés supplémentaires liées à ces espèces particulières. Les moniteurs d’anesthésie vétérinaire classiques pour les patients canins et félins ne sont pas conçus pour lire les fréquences cardiaques et respiratoires extrêmement élevées (ou extrêmement basses) de certains animaux exotiques. Malgré ces difficultés, des informations précieuses sur les signes vitaux du patient peuvent être collectées à l’aide d’outils de surveillance ainsi qu’avec des techniques manuelles (Fig 1).1,23 Les paramètres physiologiques essentiels, tels que la fréquence et le rythme cardiaque, la température corporelle, la couleur des muqueuses ainsi que la fréquence et la profondeur respiratoires devraient tous être évalués (Table 1).

Bald eagle with a capnograph and pulse oximeter in place. A vigilant anesthetist performing hands-on monitoring of vital signs

Figure 1. Un anesthésiste vigilant réalise une surveillance anesthésique manuelle d’un pygargue à tête blanche. (Haliaeetus leucocephalus). Crédit photographique: Katrina Lafferty, CVT, VTS. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Valeurs physiologiques normales pour les oiseaux et les petits mammifères
FC FRTempérature corporelleRéférences
Beats per minuteBreaths per minuteºC (ºF)
FERESChinchilla (Chinchilla laniger)150-25040-8037-38
(98.5-100.4)
Octodon
(Octodon degus)
38.3
(100.9)
Fennec
(Vulpes zerda)
340-60025-45
Furet
(Mustela putorius furo)
1182338.2
(100.8)
6
Gerbille260-3009039
(102.2)
6
Cochon d’inde
(Cavia porcellus)
280.0 +/- 6.738
(100.4)
6
Hamster3508037.4
(99.32)
6
Hérisson, à ventre blanc
(Atelerix albiventris)
180-28025-5035.39-37
(95.7-98.6)
Hérisson, commun (Erinaceus europaeus)200-28025-5035 +/- 2
(95)
37
Souris
(Mus musculus)
57018037.4
(99.32)
6
500-6007
Chien de prairie, à queue noire (Cynomys ludovicianus)83-31840-6035.4-39.1
(95.7-102.3)
33
Rabbit, de Garenne (Oryctolagus cuniculus)2205538
(100.4)
6,7
Rat
(Rattus norvegicus)
3508038
(100.4)
6,7
300-50070-15037.7
(99.9)
37
500-6007
Moufette, rayée (Mephitis mephitis)140-19025-5038.9
(102)
33
Phalanger volant (Petaurus breviceps)200-30016-4035.8-36.6
(96.5-97.9)
15,33
Opossum de Virginie (Didelphis virginiana)90-16012-2435-36
(95-96.8)
15
OISEAUXOiseaux de cage39-42 
(102.2-107.6)
4,6
Amazones (Amazona spp.)340-60015-4541.8
(107.1)
Canari
(Serinus spp.)
27460-8042.2
(108)
Perruche calopsitte
(Nymphicus hollandicus)
20640-5041.8
(107.1)
Eclectus340-60025-45
Gris du Gabon (Psittacus erithacus)340-60025-4541
(105.8)
Serins90-11042.2
(108)
Inséparable206-27450-6041.8
(107.1)
Ara389 (petits)20-2542
(107.7)
275 (grands)
Pigeon biset (Columba livia)42.2
(107.96)
38
Waterfowl40-42
(104-107.6)
22
Bernache du Canada (Branta canadensis)133 +/- 8.418.7 +/- 1.340.2 +/- 0.58

(104)
22
Fuligule à dos blanc (Aythya valisineria)158 +/- 4821+/- 339.0 +/- 0.8
(102.2)
22
Canard domestique (Anas platyrhynchos domesticus)281.3

(220-375
36
Canard Pékin213 +/- 841.3 +/- 0.2

(106.3)
19
Canard Pékin190 +/- 1719 +/- 422
Canard Pékin7 (6-13)22
Canard Pékin218 +/- 3217 +/- 422
Canard Pékin15.8 +/- 1.522
Buse variable (Buteo buteo)325.2 +/- 52.922
FR: Fréquence cardiaque FR: Fréquence respiratoire

Température

Une priorité importante pour tout anesthésiste est de maintenir la normothermie.31 Une chute de la température corporelle, ou hypothermie, est extrêmement fréquente au cours de l’anesthésie, mais représente une source d’inquiétude particulière chez les jeunes, les animaux en croissance, les animaux présentant une mauvaise note d’état corporel et chez les petits patients avec un rapport surface:masse élevé (Table 2).17,30

Table 2. Causes de perte de chaleur au cours de la période pré- et périanesthésique 10
CatégoriesMéthode
EvaporationTonte ou retrait des plumes
Préparation chirurgicale
Introduction de gaz anesthésique frais
ConductionPositionnement sur une table chirurgicale froide
ConvectionCavités corporelles ouvertes
Solutions de perfusion froide
RadiationCavités corporelles ouvertes
Solutions de perfusion froides
Surfaces du patient exposées

L’hypothermie peut affecter de façon indésirable le système nerveux central, ainsi que les systèmes cardiopulmonaire, gastrointestinal et métabolique, résultant en une multitude d’effets physiologiques incluant acidose, bradypnée, diminution du débit respiratoire et du volume courant, bradycardie, instabilité cardiaque, et arythmie.10,17,32 La concentration alvéolaire minimum (CAM) diminue à mesure que la température corporelle chute, et l’hypothermie affecte également négativement la vitesse et la qualité du réveil.2 L’hypothermie peut également influencer directement la cicatrisation du site chirurgical.33 Une hypothermie sévère et prolongée peut même avoir des conséquences potentiellement fatales.3,6,24

La température corporelle est l’un des signes vitaux les plus simples à surveiller au cours d’une anesthésie.6 Un thermomètre rectal peut être utilisé ; toutefois, cette mesure sous-estime souvent la température centrale et la capacité de lecture d’un thermomètre standard peut ne pas être suffisamment basse pour certains patients reptiliens.6 Si un thermomètre est utilisé, surveillez la température corporelle toutes les 5 minutes. 17 L’utilisation d’une sonde de température œsophagienne ou rectale/cloacale avec un affichage continu est préférable pour mesurer la température corporelle centrale. (Fig 2).2,6,9,24,31 Si une sonde de température œsophagienne est utilisée, avancez délicatement la sonde dans l’œsophage thoracique pour éviter l’effet de refroidissement par les gaz aneshésiques. La sonde ne devrait pas être avancée au-delà de l’entrée thoracique car elle pourrait alors entrer dans l’estomac ou le jabot et afficher ainsi des lectures faussée par le contenu gastrique ou le matériel alimentaire.6

Vital signs temperature monitoring in a hypothermic rat

Figure 2. Sonde de température rectale placée chez un rat (Rattus norvegicus) anesthésié. Crédit photographique : Katrina Lafferty, CVT, VTS. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

La correction de l’hypothermie représente un défi et tous les efforts devraient être entrepris pour maintenir la normothermie ou minimiser l’hypothermie chez le patient exotique (Table 3).10,22

Table 3. Formes de soutien thermique au cours d’une anesthésie (Skorupski et al 2017)

  • Augmentez la température ambiante dans les salles de préparation de chirurgie

  • Réalisez la préparation chirurgicale avec de la saline stérile à la place de l’alcool

  • Utilisez des champs en plastique transparent pour davantage d’isolation thermique

  • Minimisez le temps de chirurgie et le temps de préparation chirurgical

  • Réchauffez les solutions de rinçage

  • Utilisez de façon appropriée les méthodes de soutien thermique telles que les couvertures à eau chauffante, les dispositifs de chauffage à convection d’air forcée, des bouteilles d’eau tiède (enveloppées dans des serviettes pour minimiser les brûlures) voir même du papier bulle.

  • Utilisez des lampes à chaleur radiante seulement avec une EXTREME précaution

MAMMIFERES EXOTIQUES DE COMPAGNIE

La température corporelle peut rapidement chuter en dessous des 35°C (95°F) lorsque les petits mammifères ne reçoivent pas de chaleur supplémentaire.23,27 Flecknell (2015) a décrit des réductions de température corporelle allant jusqu’à 10°C chez des souris anesthésiées dans un temps aussi court que 15-20 minutes. Dans la mesure où les patients très petits peuvent parfois se réchauffer aussi rapidement qu’ils se refroidissent, il est également important de surveiller attentivement la température au cours du réveil pour empêcher le développement d’une hyperthermie et/ou de brûlures.17

OISEAUX

Les oiseaux, et plus particulièrement les petites espèces, ont des taux métaboliques plus élevés et des températures corporelles plus hautes que les mammifères de taille similaire. La température corporelle normale varie entre 39 et 42°C (102.2-107.6°F) chez de nombreuses espèces aviaires.4,6,17,18,22,32 Cette température corporelle élevée crée un gradient de température élevé entre la température corporelle de l’oiseau et la température de l’environnement, ce qui peut conduire à une perte de chaleur rapide et importante lorsque l’oiseau est placé sous anesthésie générale.6,17

L’isolation plus importante conférée par le plumage chez les ansériformes et les autres oiseaux aquatiques peut provoquer une hyperthermie significative, en particulier si l’oiseau se débat au cours de l’induction ou doit être capturé dans des conditions de terrains.12,22 De façon additionnelle, certains oiseaux aquatiques peuvent dévier le sang de la périphérie pour préserver la température corporelle centrale, rendant la prise de température cloacale imprécise.12

REPTILES

Les reptiles sont poïkilothermes. Le métabolisme général et la physiologie cardiovasculaire, qui affectent l’élimination des molécules, la demande en oxygène, le statut acido-basique, ainsi que les temps d’induction et de récupération sont fortement dépendant de la température.2,8,17,23,31 L’hypothermie conduit à une diminution progressive du débit cardiaque et à une augmentation du shunt cardiaque.8 Cette capacité à dévier sélectivement le flux sanguin de la circulation pulmonaire est probablement la cause de la récupération prolongée suite à une anesthésie gazeuse chez le patient reptilien.31 Chez les couleuvres jarretières (Thamnophis sirtalis parietalis), le temps de récupération à 21ºC (69.8ºF) était deux fois plus long qu’à 31ºC (87.8ºF).2,25

Maintenez la température corporelle au sein de la zone de température optimale préférentielle (ZTOP) de l’espèce considérée au cours de l’anesthésie et du réveil.2,21 Bien que la ZTOP soit spécifique d’espèce, une température de 25-35ºC (77-95ºF) sera appropriée pour la plupart des espèces de squamates tropicaux et tempérés au cours de l’induction, de l’anesthésie et du réveil.2 De nombreuses tortues d’eau douce tolèrent des température entre 20-25ºC (68-77ºF), alors que les tortues marines et les tortues terrestres sont mieux adaptées à des températures entre 25-30ºC (77-86ºF).20,31 Surveillez les reptiles avec attention au cours du réveil pour empêcher une surchauffe et/ou des brûlures.17,31 Des brûlures thermiques peuvent se produire plus facilement chez les reptiles qui sont déshydratés avec une mauvaise perfusion périphérique.2 Bien qu’une température ambiante faible diminue ou arrête l’activité des reptiles, l’hypothermie ne devrait jamais être considérée comme un élément du protocole anesthésique ou sédatif.

Fréquence cardiaque

Changes in this vital sign can be a sensitive clue to the physiologic status of the patient (Table 4).9 There is no clinical consensus over when bradycardia or tachycardia should be treated, but conservative guidelines for intervention are approximately 20% below or 20% above normal.9 Both bradycardia and tachycardia should always be addressed when associated with evidence of poor cardiac output, reduced blood pressure, or inadequate tissue perfusion.
Les modifications de ce signe vital peuvent représenter un indice du statut physiologique du patient (Table 4).9 Il n’existe pas de consensus concernant le moment où une bradycardie ou une tachycardie devrait être traitées, mais il est prudent de considérer une intervention lorsque les valeurs sont approximativement 20% en dessous et 20% au dessus des normales.9 La bradycardie et la tachycardie devraient toutes deux être toujours être traitées lorsqu’elles sont associées à des signes de mauvais débit cardiaque, d’une pression sanguine diminuée, ou d’une perfusion tissulaire inadéquate.

Table 4. Causes potentielles de bradycardie et de tachycardie9
BradycardieTachycardie
  • Agents anesthésiques
  • Augmentation du tonus vagal
  • Molécules: agents opioïdes mµ, agents bêta-bloquants
  • Métabolique : hypothermie, hypoxémie terminale, hyperkaliémie
  • Maladie cardiaque (maladie rythmique de l’oreillette ou « sick sinus syndrom », perturbation de la conduction atrioventriculaire)
  • Sepsis
  • Choc
  • Réflexe de plongée
  • Niveau d’anesthésie léger, réaction aux influx sensoriels, réponse à la douleur
  • Molécules : kétamine, parasympatholytiques, sympathomimétiques
  • Métabolique : hypovolémie, hypoxémie, hypercapnie, hyperthermie
  • Douleur post-opératoire
  • Maladie cardiaque (tachycardie supraventriculaire, tachycardie ventriculaire)
  • Maladie (phéochromocytome, hyperthyroïdisme chez les petits mammifères)

La fréquence et le rythme cardiaque peuvent être surveillés à l’aide d’un stéthoscope pédiatrique ou pour nourrissons, un stéthoscope œsophagien, un électrocardiogramme(ECG), ou une sonde de flux ultrason Doppler. La fréquence du pouls périphérique peut être palpée chez les oiseaux et les mammifères, et une pulsation ou un battement apexien peuvent parfois être visualisés chez les patients reptiliens.

MAMMIFERES EXOTIQUES DE COMPAGNIE

Evaluez la fréquence, le rythme et la qualité du pouls périphérique chez les espèces plus grandes telles que lapin (Oryctolagus cuniculus). L’artère fémorale est celle qui est le plus facilement palpée. 6 La fréquence du pouls périphérique peut également être palpée en regard de l’artère pédale dorsale, de l’artère axillaire, de l’artère auriculaire et de l’artère caudale (de la queue). La fréquence cardiaque peut être palpée directement en regard de la cavité thoracique. De façon similaire, le transducteur du moniteur Doppler peut être placé directement en regard du cœur ou d’une artère superficielle, comme l’artère fémorale, carpale ou carotide, pour générer une surveillance continue et en temps réel de la fréquence cardiaque.23 L’utilisation d’une sonde Doppler est particulièrement utile chez les patients très petits dans la mesure où des changements peuvent se produire rapidement (Fig 3).20,31 Un stéthoscope œsophagien peut être utilisé pour surveiller la fréquence cardiaque chez les grands animaux, comme le lapin et le furet (Mustela putorius furo), mais peut induire des régurgitation chez les cochons d’inde (Cavia porcellus).14

Vital signs Doppler crystal placed over the thoracic cavity in a rat

Figure 3. Une sonde à ultrason Doppler est placée directement sur la cavité thoracique d’un rat (Rattus norvegicus). Crédit photographique : Katrina Lafferty, CVT, VTS. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

OISEAUX

Le pouls périphérique peut être palpé en regard des artères brachiales (ulnaire superficielle ou médiane), métatarsienne médiale ou carotide chez les oiseaux.10 L’artère brachiale ou ulnaire cutanée est un site fréquemment utilisé pour l’utilisation de la sonde écho-Doppler comme technique de surveillance cardiaque (Fig 4, Fig 5). 13 Une sonde Doppler peut également être placée contre l’artère palatine chez certaines espèces (Fig 6). Le jabot complexe des psittaciformes et des pigeons peut rendre difficile le passage d’un stéthoscope œsophagien dans l’œsophage thoracique chez ces espèces.
12

Doppler placement on the brachial artery in a Pekin duck

Figure 4. Positionnement d’une sonde écho-Doppler sur l’artère brachiale d’un canard Pékin (Anas platyrhynchos domesticus). Le maintien de la sonde dans une position correcte à cet endroit mal adapté peut être difficile. Crédit photographique : Katrina Lafferty, CVT, VTS. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Doppler held in place with probe holder (arrow) in a Pekin duck

Figure 5. Deux abaisse-langues peuvent être attachés ensemble à une extrémité pour former une sorte de pince à linge géante permettant de maintenir la sonde Doppler en place en regard de l’artère brachiale. Crédit photographique :
Katrina Lafferty, CVT, VTS. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

oppler crystal placed over the palatine artery in a bald eagle

Figure 6. Transducteur écho-Doppler placé en regard de l’artère palatine sur le palais dorsal d’un Pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus). Crédit photographique : Katrina Lafferty, CVT, VTS. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

REPTILES

Le battement apexien peut généralement être visualisé le long des écailles ventrales chez les serpents, approximativement à 25% de la longueur du serpent (Vidéo 1). Chez de nombreux lézards, le pouls peut être observé dans le sillon jugulaire.2 Le Doppler est considéré être le système le plus fiable pour la surveillance du flux cardiaque chez les reptiles.20,31 La sonde Doppler peut être placée directement en regard du cœur (Vidéo 2, Fig 8, Fig 9), ou elle peut être attachée avec de la bande adhésive en regard d’une artère superficielle comme l’artère carotide (sur la surface ventrolatérale du cou), l’artère coccygienne (à la base de la queue), ou l’artère fémorale. La fréquence cardiaque des reptiles est fortement influencée par la température.5,31

Vidéo 1. L’onde associée avec le battement cardiaque est visible chez ce serpent. Crédit vidéo : Katrina Lafferty, CVT, VTS.

Vidéo 2. Sonde écho-Doppler placée en regard du cœur d’un serpent. Le battement cardiaque peut être entendu en « bruit de fond ». Note: Veuillez activer la fonction audio pour entendre le battement cardiaque. Crédit vidéo: Katrina Lafferty, CVT, VTS.

Vital signs Doppler crystal placed over the heart in a snake

Figure 7. Sonde écho-Doppler placée directement en regard du cœur d’un serpent. Crédit photographique : Katrina Lafferty, CVT, VTS. Cliquez sur l’image pour l’agrandir..

Doppler crystal placed underneath the thoracic cavity of a Uromastyx in sternal recumbency

Figure 8. La position du cœur varie en fonction des espèces de lézards. Le cœur est localisé très proche de la ceinture pectorale chez les iguanidés et les agamidés. Chez les caméléons et les varans monitors (tel que représenté ici), le cœur est localisé en position plus caudale. Crédit photographique : Katrina Lafferty, CVT, VTS. Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Respiration

Il est important de surveiller étroitement la fréquence, le rythme et la profondeur de la respiration au cours de la période périanesthésique.6 Tout d’abord, notez la fréquence respiratoire du patient avant l’induction de l’anesthésie. Idéalement, l’animal devrait être calme et détendu, toutefois, de nombreux oiseaux et petits mammifères ont une fréquence respiratoire rapide dans un environnement clinique.6 Au cours de l’anesthésie, observez la fréquence et l’amplitude des mouvements sternaux ainsi que le mouvement du ballonnet réservoir. Utilisez des ballons à la place du ballonet pour observer avec plus de facilité le mouvement du sac chez les patients avec un petit volume courant.6 La respiration peut également être surveillée en plaçant un capteur à proximité des narines ou en le montant sur le système de respiration anesthésique, à proximité du tube endotrachéal ou sur le connecteur du masque facial. Certains moniteurs utilisent des capteurs de pression, qui peuvent être déclenchés par des mouvements de la paroi thoracique.

Une source particulière d’inquiétude chez les patients les plus petits est un blocage de la sonde endotrachéale. Cette situation peut se produire suite à la torsion ou à la plicature de la sonde ou secondairement à l’obstruction de la lumière par des sécrétions respiratoires. Le blocage du tube se manifeste souvent par une modification soudaine du patron respiratoire avec des sifflements proéminents, une respiration bruyante ou rugueuse. L’expiration peut sembler difficile, lente, ou inexistante et le ballonnet peut ne plus présenter de mouvements. Un moniteur de la concentration télé-respiratoire du CO2 (ET-CO2) peut révéler une apnée ou un changement de la forme des ondes. 18 Lorsqu’un blocage est suspecté, évaluer rapidement la sonde endotrachéale à la recherche d’une plicature et corrigez la situation. Si la situation n’est pas immédiatement améliorée ou qu’une obstruction est suspectée, retirez rapidement le tube et replacez-en un au besoin.18

Bien que la surveillance de la respiration présente un intérêt, ce signe vital n’évalue pas de façon précise la ventilation. 23 Un moniteur de la concentration télé-respiratoire en CO2 (ET-CO2) fournira des informations précieuses chez la plupart des patients intubés.6

MAMMIFERES

Une modification de la respiration peut être le premier signe d’un problème nécessitant une intervention. Lorsqu’une apnée se développe, le délai avant que les taux d’oxygène sanguin chutent ou que les taux de dioxyde de carbone (CO2) augmente est de 1 à 2 minutes chez les mammifères.6

BIRDS

Les oiseaux sont beaucoup moins tolérants à l’apnée que les mammifères et les reptiles. Un arrêt de la respiration ne serait-ce que 10 à 15 secondes est souvent une indication de réduire la profondeur anesthésique et assister la ventilation.19

REPTILES

La plupart des reptiles normaux présentent un motif respiratoire intermittent caractérisé par une expiration et une inspiration, suivie par une période apnéique de longueur variable.2 Tous les reptiles nécessitent une ventilation à pression positive intermittente à une profondeur chirurgicale d’anesthésie. Les recommandations standardes préconisent quatre à six respirations par minute, néanmoins, ceci peut nécessiter d’être ajusté à chaque patient.26 Cinq respirations par minute conduisent à une alcalose respiratoire chez les crotales cascabelles (Crotalus durissus) d’après l’analyse des gaz du sang et une à deux respirations par minute est considéré approprié pour cette espèce. 26

Une chute de la saturation en oxygène artériel stimule l’impulsion respiratoire chez la plupart des reptiles. Ceci est à l’opposé des mammifères, qui répondent à une augmentation du niveau de dioxyde de carbone artériel.29 Pour stimuler la respiration spontanée chez le patient reptilien au cours du réveil, un faible débit d’oxygène est maintenu en association avec l’utilisation de l’air ambiant et d’un ballon-masque (i.e. Ambu bag).

Résumé

Le rythme et la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire, et la température corporelle devraient idéalement être contrôlés au cours de toute procédure anesthésique. Ces signes vitaux peuvent être contrôlés avec des techniques manuelles ainsi qu’avec des outils de surveillance. Une modification de la respiration est parfois le premier signe d’un problème nécessitant une intervention. Les oiseaux tolèrent bien moins bien l’apnée que les reptiles et les mammifères. Un arrêt respiratoire de 10-15 secondes ou plus chez le patient aviaire est souvent une indication pour réduire la profondeur anesthésique et assister la ventilation. Tous les reptiles nécessitent une ventilation à pression positive intermittente lorsqu’ils atteignent une profondeur d’anesthésie chirurgicale. Les modifications de la fréquence cardiaque peuvent représenter un indice sensible du statut physiologique du patient, et il est également crucial de surveiller avec attention la température corporelle et d’empêcher l’hypothermie. Le métabolisme général et la physiologie cardiovasculaire sont fortement dépendants de la température environementale chez le patient reptilien, qui devrait être maintenu au sein de sa zone de température optimale préférentielle. Chez toutes les espèces, l’hypothermie peut induire une multitude d’effets physiologiques indésirables. Une hypothermie sévère et prolongée peut même avoir des conséquences potentiellement fatales.

Références